Tunisie : Réinstaller l’intégrité !

slimTunis Hebdo | Indépendamment de la polémique suscitée par l’initiative de Mehdi Ben Gharbia relative à la révision de la législation concernant l’héritage, avec son flot de commentaires frisant l’hystérie, l’effervescence a touché cette semaine principalement deux phénomènes, dont les liens sont bien établis, et qui ont alimenté les discussions non seulement au sein de la classe politique, mais aussi parmi l’opinion publique. Il s’agit de la corruption et de la réconciliation.

Commençons par la seconde pour affirmer que la démarche de Slim Chiboub, lequel a sollicité l’intervention de l’Instance Vérité et Dignité afin qu’elle soit le lieu d’un arbitrage et d’une réconciliation avec l’Etat peut être considérée comme la première opération concrétisée par cette institution qui continue à chercher une forme de légitimité à son action.

Dans ce cas de figure, disons qu’elle a été bien aidée par le dossier de Slim Chiboub qui se caractérise par un aspect important. En effet, l’homme a exprimé sa volonté et sa détermination de se réconcilier avec l’Etat et l’ensemble du peuple tunisien et de reconquérir son statut de citoyen normal aux yeux de ses concitoyens.

L’aboutissement de cette transaction et son acceptation entre les deux parties aurait deux conséquences importantes. Il accorderait à l’IVD un nouvel élan, sachant que cette institution, et depuis sa création, a toujours été au centre de nombreuses contestations relatives notamment à son fonctionnement et aux multiples conflits qui ont plombé les relations entre ses membres.

Ensuite, il ouvre la porte et devrait encourager d’autres personnes se trouvant dans la même situation à suivre la même voie et à solliciter l’intervention de l’IVD pour la résolution de leurs dossiers.

Ces premiers pas sont certainement positifs quant au démarrage de ce processus de réconciliation et la nécessité de l’aborder afin de dépasser un blocage et une situation que plusieurs parties politiques avaient maintenu dans le flou pour en tirer bénéfice à eux et à leurs partisans.

Car la Tunisie, a besoin, aujourd’hui, d’affronter son histoire avec sérénité, sans esprit revanchard ou vengeur. Le temps des vociférations idéologiques, souvent insidieuses et sournoises dans la mesure où elles cachaient des intentions malveillantes et partisanes comme on en a eu la preuve durant ces cinq dernières années, est bel et bien terminé dans ce dossier. Tourner la page est nécessaire à la condition qu’il s’accompagne d’une franche adhésion de celui qui le sollicite comme l’a exprimé Slim Chiboub.

Quant au second aspect, particulièrement lié à la réconciliation, est le dossier de la corruption. Il convient de rappeler que le 14 janvier était aussi, et entre autres, une véritable révolte contre la corruption, le clientélisme et le favoritisme qui s’étaient installés dans les rouages de l’Etat et dans la société.

C’était une levée de boucliers non seulement contre la dictature dans son acception politique du terme, c’est-à-dire anti-démocratique et totalitaire, mais aussi contre ces phénomènes qui avaient gangrené le système et paralysé le pays et son économie.

L’espoir était grand à l’époque d’assister à une « mise à niveau morale » de l’ensemble de la société et des institutions de l’Etat. A cet égard, il faut reconnaître que le discours stigmatisant le phénomène de la corruption devint l’un des leitmotiv de l’ensemble des formations politiques qui rivalisaient de slogans pour s’approprier un vœu populaire.

Et cela se concrétisa plus tard par la mise en place d’une profusion de structures, étatiques ou indépendantes, pour lutter contre ce grave problème outre les structures judiciaires existantes qui sont, elles aussi, compétentes en matière de lutte contre la corruption puisque le juge pénal peut sanctionner, dans le cas où il est sollicité, les coupables.

Et contrairement à ce qu’on pouvait espérer, le phénomène de la corruption n’a fait que s’amplifier. Les dernières révélations du président de l’Instance Nationale de Lutte contre la Corruption, le bâtonnier Chawki Tebib, se rapportant à la corruption dans les marchés publics coûterait à l’Etat près deux mille milliards qui représenteraient 25% de l’ensemble des achats de l’Etat.

Le président de l’INLCC a souligné que certains dossiers de corruption où les faits seraient prouvés ont été déjà transmis à la justice. Mais, il a aussi précisé que les mécanismes actuels dans la passation des marchés et dans leur contrôle sont dépassés et anachroniques ne permettant pas de lutter efficacement contre ces abus.

Dans cet esprit, il a proposé quelques moyens de lutte comme la mise en place de techniques préventives, de la publicité des rapports des institutions concernées par le contrôle, l’exclusion des parties économiques confondues de corruption ou la protection des individus qui dénoncent les affaires de corruption, et bien d’autres aspects.

Or et malgré ce coup de « semonce », gageons que l’on n’en reparlera plus une fois l’impact de ces révélations se serait tassé ! Car, il n’y a aucune volonté de traiter le problème en profondeur et de lui trouver les solutions adéquates. Est-ce que le gouvernement a l’intention réelle de déclarer la « guerre » à ce phénomène ? Peut-on déterminer avec exactitude les attributions du ministère chargé de la question et l’INLCC ?

Actuellement, on assiste surtout à un noyautage de la question et à sa dilution à travers justement cette multiplicité inutile d’institutions qui se marchent sur les pieds. L’absence d’une vision claire et d’une politique cohérente du gouvernement, comme dans tous les autres domaines d’ailleurs, l’empêche de mettre en place des mécanismes plus simples et donc plus efficaces.

Or et pour réinstaller la confiance des citoyens, souvent invités de passer à la « caisse » avant de bénéficier d’un service quelconque ou pour échapper à une obligation quelconque, ainsi que parmi les investisseurs qui butent la plupart de temps sur ce genre d’obstacles, une véritable révolution doit être menée sur tous les plans pour lutter contre la corruption.

L’implication de toutes les parties notamment des gouvernants, des partis, de la société civile et des citoyens doit être suscitée et encouragée. Auparavant, il faudra vaincre les îlots et les niches de résistance qui se trouvent un peu partout et dans tous les rouages de l’Etat et d’ailleurs pour avoir quelque chance de renverser la tendance, et de réinstaurer l’image d’un Etat et d’une société intègres…

L.L.

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