Tunisie : Le régime politique est-il le maillon faible ?

Tunisie : Le régime politique est-il le maillon faible ?

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ARP - séance inauguraleTunis Hebdo | Faut-il, déjà, réviser la Constitution pour revoir le type de régime politique qui conviendrait le mieux à notre pays dans le contexte actuel ? C’est la question qui commence, apparemment, à tarauder les esprits et à être posé par bon nombre de responsables politiques, de partis ou même de spécialistes du droit constitutionnel !

Ballons d’essais ou véritable volonté de franchir le pas et de remettre déjà en question un régime qui a seulement deux années d’âge. Tout est envisageable dans notre pays à partir du moment où nous continuons à vivre une situation quasi-chaotique sur tous les plans.

Aujourd’hui, l’impression qui se dégage est que tout semble figé, bloqué, et que l’on ne voit rien venir, sinon des bribes de « solutions » déjà usées, et sans aucune réelle emprise sur la réalité, et n’ayant aucun impact sur la vie des citoyens.

Si l’on se réfère au fonctionnement de l’Etat, on est dans l’obligation de reconnaître que seules les institutions chargées de la défense et de la sécurité du pays et des citoyens sont en état de marche correct.

Pour le reste, les prestations des services publics poursuivent leur descente aux enfers de la médiocrité mettant en danger les deniers de l’Etat, ou ce qui en reste, et leur propre survie.

Les entreprises privées ne sont pas mieux loties. Certaines, pour des considérations ponctuelles et de conjoncture, sont au bord de la banqueroute comme le secteur touristique, alors que d’autres n’arrivent pas à travailler dans des conditions acceptables pour diverses et multiples raisons. Rares sont celles qui sont en phase d’évolution, et elles le doivent seulement aux efforts de leurs propres managers.

Le constat qui s’impose donc est celui d’un système politique qui semble complètement immobilisé, avec des responsables tétanisés et incapables de faire évoluer positivement la situation.

Et cela empire surtout lorsque les deux premiers responsables de l’exécutif, le Chef de l’Etat ou le Chef du gouvernement, et comme ils l’ont affirmé dans leurs récentes sorties médiatiques, paraissent satisfaits de leur manière de gérer le pays, et en assument la responsabilité.

S’il est toujours courageux d’assumer les répercussions ou les conséquences de ses actes ou de son comportement, le peuple tunisien ne peut se satisfaire de cette façon d’aborder ses problèmes et de la manière de les surmonter.

La faute est-elle due au régime politique mis en place par l’Assemblée Nationale Constituante ? Ou bien revient-elle, plus simplement, à la pratique politique qui s’est développée depuis les élections législatives et présidentielles de 2014 ?

Entendons sur une chose ! La Constitution du 27 janvier 2014, présentée fallacieusement par ses auteurs comme la meilleure du monde (sic !), est en réalité un texte où les pièges et les ruses se retrouvent dans chacun de ses lignes.

Un texte qui peut satisfaire tout le monde surtout que ses auteurs à l’époque, ne pensaient qu’à leurs desseins avoués ou, surtout, inavoués pour instaurer la société dont ils rêvaient, et rêvent encore !

Il était donc « cohérent » que le régime politique né par le biais de cette Constitution ne pouvait être qu’un régime bâtard ! Il ne rentre dans aucune typologie connue des régimes politiques.

Car les uns, les Islamistes, tenaient à un régime parlementaire pour diverses raisons dont la principale est liée à la conception de la structure de leur organisation partisane.

En effet, un régime parlementaire permettait au chef de leur parti, une fois devenu majoritaire, de contrôler tous les rouages de l’Etat ayant sous son aile le Chef du gouvernement, le Président de la République et les ministres.

Les autres souhaitaient accorder quelques attributions au Chef de l’Etat de peur de retomber dans le présidentialisme et tous ses abus. Le compromis qui s’est imposé a donc donné naissance à un régime à qui on ne peut donner aucun nom.

Mais, ce qui a ajouté à la déformation de ce régime, ce sont les événements et les choix qui ont été opérés par les véritables détenteurs et maîtres du jeu politique, les deux gérontes que sont Béji Caid Essebsi et Rached Ghannouchi.

Leur alliance contre-nature a produit une déformation du système avant même son démarrage. En effet, ils nous ont « dénichés » un Chef de gouvernement n’appartenant à aucune formation politique, notamment à la formation majoritaire, ce qui le prive de tout soutien partisan, et le rend étroitement dépendant du bon vouloir à la fois du Chef de l’Etat et du leader islamiste.

Autrement dit, le système politique mis en place, qui consacrait la prééminence du premier ministre, était défiguré dès l’origine. Car, et s’il émanait du parti majoritaire, il aurait bénéficié de son soutien, et on aurait alors eu un exécutif bicéphale avec des attributions claires de chacun de ses composantes, et des situations confortées pour l’un comme pour l’autre.

De même, les ministres ont tous pratiquement reçu la bénédiction des deux personnages clés du pays, ce qui crée deux conséquences. D’abord, le Chef du gouvernement, affaibli comme il est, n’a pas de véritable emprise sur ses ministres, et ensuite, ils sont intimement dépendants de la « confiance » dont ils peuvent bénéficier auprès des deux gérontes précités.

On peut dire, aussi, la même chose de l’Assemblée des Représentants du Peuple qui continue de fonctionner de manière chaotique, les députés défendant aveuglément les ordres qui leur proviennent des « états-majors » de leurs partis.

Autrement, comment expliquer, par exemple, leur position relativement au Conseil Supérieur de la Magistrature sinon par la volonté de leurs partis de maintenir le pouvoir judiciaire dans la sphère d’influence du pouvoir exécutif.

Si les institutions constitutionnelles connaissent des déformations, la faute n’incombe pas au système en lui-même, malgré de très sérieuses réserves sur sa fiabilité, mais aux hommes qui les composent.

Car, les meilleures institutions mises en place ou les mécanismes les plus efficaces envisagés ou les techniques les plus efficientes ne peuvent fonctionner de manière limpide que si les individus démontrent leur capacité à les concrétiser, respectent leur philosophie et essaient de les améliorer au fur et à mesure de leur pratique pour réaliser l’intérêt général, celui qui touche l’ensemble des citoyens ; et non des desseins étroits, limités et très souvent, sectaires…

L.L.

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