« Le retour raté d’un vieux renard de la politique » – par Selma Mabrouk

L'ancien premier ministre, Hamed KarouiTRIBUNE – Triste spectacle, hier, sur Nessma TV. Regard et verbe arrogants, Hamed Karoui a tenté un come back laborieux. Il a essayé de se faire une place dans le paysage politique actuel et nous a déversé, pèle mêle, un passé de résistant contre les colons, de médecin dévoué luttant contre la tuberculose, et même de fervent défenseur des droits de l’Homme, qu’il dit avoir été sous l’ancien régime !… On avait l’impression d’entendre une voix venue d’outre-tombe, du monde du silence assourdissant qu’il avait savamment observé à l’époque…

De la corruption qui sévissait, il déclare tout bonnement qu’il n’en avait pas fait son cheval de bataille car, de toutes les manières, « tout le monde en avait connaissance » et que c’était le sujet de discussion favori dans les cafés… (Ses sources devant être certainement les valeureux « indics » à sa solde !)

Sa fonction de haut responsable ne lui imposait pas, à priori, d’y accorder quelque attention. Son déni s’est poursuivi tout le long de l’interview, allant jusqu’à décrire l’année 90 comme une année « démocratique » et tentant de susciter le suspens en annonçant que des « révélations » sur sa probité allaient être certainement dévoilées par la justice transitionnelle.

Sur le plan politique, il se réclame de Bourguiba, oubliant au passage avoir participé en première ligne à sa destitution, et présente son parti, « le mouvement destourien », comme une « quintessence » du mouvement de réforme nationaliste, sorte de vague assemblage du vieux Destour de Thalbi, passant par le Néo Destour jusqu’au RCD (dont il transforme l’appellation, d’ailleurs, par « rassemblement destourien »).

Contrastant avec ce verbiage à la limite de l’incohérence sur son passé et sur son identité politique, ses déclarations concernant son objectif sont claires : Il ne reconnait comme autre courant politique qu’Ennahdha, dont le programme politique présenté en 2011 serait, selon lui, identique au sien. A la bonne heure !

Et cela l’autorise à priori à traiter avec un grand mépris les « autres » courants politiques, se laissant aller, à plusieurs reprises, à des propos injurieux ou même diffamatoires envers nombre de personnalités politiques en vue. Il n’a pas lésiné sur les mensonges de bas étage, racontant même que les opposants du temps de B.A allaient applaudir le « chef » dès que l’occasion le leur permettait, et bien d’autres divagations.

Après tout ce déballage à l’arrière goût quasi haineux, l’entendre parler de réconciliation nationale, le sourire en coin, laisse quelques interrogations quant à la définition qu’il donne à ce noble processus.

En définitive, l’impression glaçante d’un vieux renard de l’ancien régime qui n’a pas fait une once d’autocritique et qui vient faire la cour, sur un plateau télévisé, à un parti qui a montré en deux ans de pouvoir qu’il a pas mal de points communs avec les travers du RCD défunt.

Et à dire vrai, … Félicitations à Ennahdha de récolter de tels « valeureux » courtisans !

Selma Mabrouk

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