Ansar Achariaâ l’enfant chéri devenu honni !

Ansar Achariaâ l’enfant chéri devenu honni !

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Rached Ghannouchi et Abou Iyadh (photo d'archives)
Abou Iyadh et Rached Ghannouchi (photo d’archives)

Le Premier ministre, Ali Laarayedh, a annoncé, lors de sa conférence de presse tenue d’aujourd’hui, qu’Ansar Achariaâ était désormais officiellement un mouvement terroriste, responsable des assassinats politiques qui ont touchés la Tunisie.

Cette attaque frontale du chef du gouvernement n’est qu’une suite logique de l’affrontement qui a déjà précédé, avec l’interdiction du congrès d’Ansar Achariaâ à Kairouan, en mai dernier, ce qui a conduit à des affrontements entre les forces de l’ordre et les partisans de ce mouvement.

Pourtant, il fût un temps, pas si lointain que cela, où Ansar Achariaâ bénéficiait de la bienveillance du gouvernement, certains leaders des partis de la Troïka n’hésitant pas à s’afficher clairement aux côtés de ces salafistes radicaux ou djihadistes.

Outre la célèbre photo de Rached Ghannouchi au côté d’Abou Yadh, il est utile de rappeler que Sadok Chourou, député d’Ennahdha et Abderaouf Ayadi, alors député du CPR, étaient les invités de marque du premier congrès d’Ansar Achariaâ.

Il n’est pas non plus futile de rappeler que le même Sadok Chourou, ainsi que Habib Ellouze faisaient office de négociateurs en chef d’Ennahdha avec l’organisation lorsque leur congrès fût interdit. Habib Ellouze aura même eu le culot de nous expliquer qu’Ansar Achariaâ était «plus modéré» que ce que l’on pouvait penser. Sadok Chourou, quant à lui, accusera le FMI d’être derrière la main ferme du gouvernement, et Lotfi Zitoun appellera son «frère» Abou Iyadh, à un effort de compréhension.

Cependant, le gouvernement ne peut se cacher derrière une soi-disant ignorance de ce qu’est réellement Ansar Achariaâ. Le chef du mouvement Abou Iyadh, est issu du Front Islamique Tunisien (FIT), réputé comme étant la branche armée d’Ennahdha, pour ensuite aller faire ses preuves en Afghanistan en créant le Groupe des Combattant Tunisien (GCT), dont l’implication dans l’assassinat du commandant Massoud est prouvée.

Le parcours d’Abou Iyadh n’est pas vraiment celui d’un démocrate convaincu, cela n’empêchera pas pour autant les leaders d’Ennahdha de prendre sa défense à plusieurs reprises et de s’afficher en sa compagnie.

A supposer qu’Ennahdha ait été dans l’ignorance, plusieurs éléments auraient pu lui mettre la puce à l’oreille sur la nature de ce mouvement ; la vendetta à laquelle a appelé Abou Iyadh contre Nessma TV, l’attaque de l’ambassade américaine, le trafic d’armes, la glorification d’Al Qaida lors de leur congrès, et même quand l’implication de certains partisans d’Abou Iyadh dans les assassinats politiques fût établit, le gouvernement n’a pas osé prendre les mesures nécessaires et qualifier le mouvement de terroriste.

Il fallut qu’Ennahdha sente le pouvoir lui échapper pour qu’elle daigne finalement lâcher ses alliés objectifs d’hier, devenues trop compromettants aujourd’hui. Espérons que cela ne soit pas trop tard car Ansar Achariaâ a accumulé est aujourd’hui présente sur la scène publique.

A titre d’exemple, deux des principaux lieutenants d’Abou Iaadh, Seifeddine Raies et Bilal Chaouchi, ont intégré la fonction publique dans un des ministères les plus sensibles, celui de l’Enseignement. Récemment le gouverneur de Kairouan, réputé proche d’Ennahdha, a récompensé le porte-parole d’Ansar Achariaâ, Seifeddine Raies pour ses résultats universitaires.

Le gouvernement, en admettant qu’il ne soit complice que par ignorance ou naïveté, signe par cette accumulation d’erreurs de jugement ou de calculs biaisés sa défaillance dans le combat contre le terrorisme.

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