Affaire Slim Riahi – La Tunisie peut-elle supporter une nouvelle crise ?

Slim RiahiQui en veut à Slim Riahi ? Difficile de répondre à cette question lorsqu’on voit dans quel imbroglio s’est empêtré le nouveau gouvernement qui n’avait pas besoin d’une nouvelle crise. Et cette fois-ci il se met à dos une très bonne partie de la population qui n’hésitera pas à descendre dans la rue.

Car en 48 heures, l’affaire Slim Riahi est devenue une véritable affaire d’Etat qui met Ali Laarayedh face à une crise dont il se serait bien passée. Et pour cause, un simple écrit officiel envoyé à Slim Riahi, président de l’Union Patriotique Libre et du Club Africain et lui intimant l’ordre de quitter la présidence du CA sous le prétexte de l’interdiction de cumuler les deux responsabilités, politique et sportive, risque de mettre le feu aux poudres.

Les supporters du Club Africain ne comptent pas, bien entendu, en rester là. Ils comptent même en découdre avec le gouvernement suite aux menaces de dissolution de leur association notifiées par le secrétaire général du gouvernement.
Sur les réseaux sociaux, l’ébullition est à son comble et la mobilisation a débuté et un rassemblement de protestation est déjà programmé pour le mercredi 20 mars à la Kasbah. Une autre manifestation pourrait avoir lieu à l’avenue Habib Bourguiba avec toutes les craintes que peuvent désormais inspirer les rassemblements.

L’imbroglio issu de cette affaire comporte quelques zones d’ombre puisque juridiquement, Slim Riahi est dans son droit comme le stipulent les textes, les associations sportives disposant d’un statut particulier, elles ne sont pas concernées par le décret-loi N°88 du 24 septembre 2011 qui interdit le cumul. Slim Riahi le savait et vient d’ailleurs de réagir à cette affaire sur Attounissia TV en indiquant qu’avant de s’engager avec le Club Africain il a décortiqué à la lettre les textes de loi.

Slim Riahi s’est dit prêt au bras de fer et précise qu’il ira jusqu’au bout, estimant que cette affaire a des dessous politiques. Une manière de dire qu’on veut le mettre sur la touche. Sur la même chaîne, le porte-parole du Club Africain a fait savoir qu’il avait eu l’occasion de s’expliquer avec le secrétaire général du gouvernement qui lui a confié qu’il ne fait que son travail et qu’il est soumis à des pressions dans cette affaire.

Des pressions de qui ? On ne le sait pas encore mais ce qui est sûr c’est que Slim Riahi et son argent dérangent. Le patron de l’UPL, qui vient de juste de s’allier avec d’autres partis du centre, est-il devenu une menace ? Et pourquoi donc cette crise éclate-t-elle aujourd’hui alors que Slim Riahi a été élu président du CA en juin 2012 ? Beaucoup de questions restent en suspend !

Cette affaire a également ses paradoxes ! Le premier concerne la lecture des textes. Le décret-loi N°88 du 24 septembre 2011 a été appliqué à la lettre mais a omis l’article 47 qui donne aux associations sportives un statut particulier. Les juristes et experts en droit sportif sont tous unanimes pour affirmer que la situation de Slim Riahi au sein du CA est règlementaire.
Second paradoxe : le ministère de la Jeunesse et des sports vient de publier un communiqué dans lequel il prend position aux côtés de Slim Riahi, et par conséquent s’oppose à la demande du secrétaire général du gouvernement. Un ministère du gouvernement qui va à l’encontre du gouvernement ! C’est une première ! Ali Laarayedh qui vient juste d’être mis au courant s’est d’ailleurs saisi du dossier.

La tournure politique que prend cette affaire ne pourrait être liée aux critiques adressées par Slim Riahi au président Moncef Marzouki. Loin d’être tendre envers le président de la République il l’a appelé à démissionner, justifiant cet appel par le fait que Moncef Marzouki a ternit l’image de la présidence. Tiré par les cheveux, diront certains sauf que Slim Riahi est convaincu que cette affaire repose sur des calculs politiques.

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