Conférence nationale sur les logiciels libres 2012: bilan mitigé pour les communautés...

Conférence nationale sur les logiciels libres 2012: bilan mitigé pour les communautés !

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Le débat sur les logiciels libres et les outils open source a toujours fait rage en Tunisie. Comparé aux autres pays nord-africains et arabes, le nôtre dispose de l’une des communautés de logiciels libres et open source la plus grande.

Une communauté qui s’est vu ses liens renforcés suite au contrat signé par la Tunisie en 2006 avec la grande firme des logiciels propriétaires, Microsoft. Plusieurs groupes du monde du libre se sont, alors, indignés de cette décision. Parmi eux Ubuntu-Tn, l’une des plus anciennes communautés tunisiennes. Les communautés se sont alors réorganisées afin d’œuvrer pour une unique cause : « l’invasion » de la Tunisie par la firme américaine.

Et «pour faire passer la pilule», le contrat entre la Tunisie et Microsoft, le régime de Ben Ali a créé une unité des logiciels libres au sein du ministère des Technologies de l’Information et de la Communication. Une unité, qui malgré son pouvoir réduit, a pu soutenir la communauté notamment lors des salons (SIB 2010) et en organisant chaque année une conférence nationale sur les logiciels libres. Des rencontres qui ont vu défiler des experts tunisiens, mais, aussi, internationaux. On se rappelle tous, en 2010, de la venue de Mark Shuttelworth, fondateur de Canonical Ubuntu.

Mais les éditions de cette conférence se suivent et le « trop politisé » persiste. Tout le monde a remarqué la forte présence politique dans les débats lors de ces évènements. On espérait tous voir de vraies manifestations autour des logiciels libres et des alternatives open source afin de soutenir les communautés, les volontaires et contributeurs, mais il n’en était nullement le cas. En effet, dans un paysage où les évènements autour des logiciels libres se font rares, il est vital d’encourager des rencontres entres des passionnés du libre avec des professionnels du même milieu, et limiter la presence des officiels du gouvernement qui sont plutôt focalisés sur l’enjeu politique de l’événement.

D’autre part, les conférences étaient difficiles d’accès. Les deux dernières sessions ont été organisées loin du centre-ville, à Gammarth. Il y a eu peu de médiatisation pour l’évènement et surtout une quasi-absence des communautés du libre, lors de la dernière édition du 29 mars 2012. D’ailleurs, certaines communautés n’ont même pas été invitées !

Ailleurs, quand on voit des évènements comme le FOSDEM (Free and Open Source Developers’ European Meeting) avec toute sa richesse en terme de thèmes discutés et des speakers invités, on se demande ce qui manque à la Tunisie pour organiser de telles manifestations. Après tout, une organisation de cette grandeur coûtera moins cher que celle qui a vu l’arrivée de Ghounim !

L’édition 2012 de la conférence n’échappe pas alors à la règle. On a programmé, ainsi, M. Mohamed Abbou, ministre chargé de la réforme administrative dans l’allocution d’ouverture aux dépens des communautés qui n’ont eu droit qu’à une seule intervention de M. Taher Mestiri, fondateur de la communauté Tunandroid.

Le jeune public est resté simplement sur sa faim. Encore pire, une intervention d’un missionnaire pour le premier ministre français avait des airs de campagne présidentielle avec des éloges pour la France et pas un mot sur les logiciels libres. On se demande bien que fait un tel « keynote » dans une telle conférence.

Divisée sur trois panels, la conférence était axée entre autres sur les thèmes de l’open gov, l’open data et le mobile. Comme toujours on navigue sur les tendances et on oublie de traiter le fond, les solutions pour la communauté pour qu’on puisse présenter des solutions solides et riches, économiquement viables. Seule consolation, l’annonce des gagnants du concours national des logiciels libres dans le domaine de l’Open Data, l’Open Gov et l’Open Content qui a récompensé l’équipe, très active, du hackerspace tunisien.

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