La crise de l’électricité en Tunisie vient de franchir un nouveau seuil dramatique. Cette fois, ce ne sont ni des aliments perdus, ni des commerces paralysés, ni des nuits passées dans l’obscurité. C’est une vie qui s’est éteinte.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, un jeune originaire de la région d’El Fatha, à Kélibia, est décédé à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous, succombant aux graves blessures provoquées par l’explosion d’un groupe électrogène fonctionnant à l’essence.
Le drame remonte à trois jours auparavant
Selon le député Fadhel Ben Torkia et des sources médicales citées par Mosaique FM, le drame remonte à trois jours auparavant. Lassé des coupures répétées du courant qui frappent la région, le jeune homme avait tenté de remettre en marche son générateur électrique domestique. Après plusieurs essais, le moteur a explosé en plein visage, provoquant des brûlures extrêmement graves. Transporté d’abord à l’hôpital local de Kélibia, il avait ensuite été transféré au centre spécialisé de Ben Arous où les médecins n’ont finalement pas réussi à le sauver.
Ce décès dépasse le simple fait divers. Il raconte l’histoire d’une population qui tente, par tous les moyens, de s’adapter à une crise énergétique devenue le quotidien de milliers de familles tunisiennes.
Les coupures d’électricité se multiplient
Depuis plusieurs semaines, les coupures d’électricité se multiplient sous l’effet d’une consommation record alimentée par une canicule historique. Face à des températures qui approchent parfois les 50 °C, les climatiseurs tournent sans interruption, mettant un réseau électrique déjà fragilisé sous une pression inédite. La STEG a été contrainte d’effectuer des délestages dans de nombreuses régions afin d’éviter un effondrement général du système.
Dans ce contexte, les groupes électrogènes sont devenus une solution de secours pour de nombreux foyers, agriculteurs, commerces et petites entreprises. Mais ces équipements, souvent achetés dans l’urgence, parfois d’occasion ou sans véritable accompagnement technique, comportent des risques considérables. Une mauvaise manipulation, un ravitaillement en carburant inadapté, un entretien insuffisant ou une tentative de démarrage répétée peuvent provoquer incendies ou explosions.
Lire aussi : Délestages en Tunisie : La fin des coupures tournantes se profile
Le drame de Kélibia rappelle avec brutalité que la crise énergétique ne se limite plus à des désagréments matériels. Elle expose désormais directement les citoyens à des dangers physiques. Après les pertes économiques subies par les restaurateurs, les stocks alimentaires détruits, les patients sous oxygène contraints de rejoindre les hôpitaux, les nuits passées sur les plages pour fuir la chaleur, voici qu’une nouvelle victime vient illustrer le coût humain de cette situation.
Au-delà de l’émotion, cette tragédie pose une question plus large : jusqu’où les Tunisiens devront-ils improviser pour assurer eux-mêmes un service aussi essentiel que l’électricité ? Lorsque des familles investissent dans des générateurs, des batteries ou des installations de fortune pour pallier les défaillances du réseau, elles assument également des risques qui relevaient jusque-là de la sphère industrielle et des professionnels.
Il y a des vies bouleversées
La mort de ce jeune homme rappelle que derrière les statistiques de consommation électrique, les mégawatts et les plans de délestage, il y a des vies bouleversées. La crise de l’électricité n’est plus seulement une crise technique ou économique. Elle devient progressivement une crise humanitaire silencieuse, où chaque coupure peut avoir des conséquences qui dépassent largement l’inconfort quotidien.