Le Fonds monétaire international a confirmé ses prévisions de croissance pour la Tunisie à 2,1% en 2026, un niveau inchangé malgré un contexte international tendu. L’institution met toutefois en garde contre une exposition accrue aux chocs énergétiques et aux déséquilibres macroéconomiques. À moyen terme, la trajectoire reste fragile, avec un ralentissement attendu dès 2027.
Une croissance stable, mais sous pression
Dans sa mise à jour des perspectives régionales, le FMI maintient le cap pour l’économie tunisienne en 2026, tout en projetant un ralentissement à 1,6% en 2027.
Ce maintien apparent masque en réalité une vulnérabilité persistante. La Tunisie, comme l’ensemble des économies importatrices de pétrole de la région MENAP, reste fortement exposée aux fluctuations des prix de l’énergie et des matières premières.
Ces chocs externes pèsent directement sur la production, alimentent les tensions inflationnistes et fragilisent les équilibres budgétaires et extérieurs.
Déficits et finances publiques sous tension
Le FMI anticipe une détérioration du solde budgétaire d’environ 0,5 point de PIB, principalement en raison de l’alourdissement de la facture énergétique.
Cette pression accrue sur les finances publiques intervient dans un contexte déjà contraint, où l’État doit arbitrer entre soutien à l’économie et maîtrise des déficits.
Par ailleurs, l’institution souligne un risque de tensions sur le taux de change et une fragilisation des emprunteurs, notamment dans des secteurs clés comme le tourisme, le commerce et le transport.
Le choc énergétique au cœur des inquiétudes
Lors de la présentation du rapport, Jihad Azour a insisté sur l’ampleur des perturbations énergétiques mondiales.
Les pertes d’approvisionnement sont estimées à plusieurs millions de barils par jour, dans un marché déjà sous tension. Résultat : le pétrole Brent a franchi la barre des 100 dollars, avec un pic à 118 dollars, tandis que les prix du gaz en Europe ont fortement augmenté.
Un environnement qui accentue la vulnérabilité des économies dépendantes des importations énergétiques, comme la Tunisie.
Réformes ciblées et vigilance renforcée
Face à ces risques, le FMI appelle à une gestion économique prudente et flexible. L’institution recommande des mesures ciblées et temporaires pour protéger les populations vulnérables, sans aggraver les déficits publics.
Elle insiste également sur la nécessité de maintenir des politiques monétaires restrictives pour contenir l’inflation, tout en renforçant la surveillance des risques financiers, notamment en matière de liquidité et de change.
Au-delà de la conjoncture, le FMI souligne un enjeu structurel : renforcer la capacité de résistance de l’économie tunisienne face aux chocs externes.
Cela passe notamment par une diversification des partenaires commerciaux et une intégration régionale plus poussée, afin de réduire la dépendance aux fluctuations des marchés internationaux.
Dans un environnement mondial instable, la croissance tunisienne reste ainsi suspendue à sa capacité à absorber des chocs de plus en plus fréquents.