La Commission des analyses financières, rattachée à la Banque centrale, vient de publier une nouvelle note de renseignement stratégique intitulée « Financement du terrorisme en Tunisie : leçons tirées des dossiers transmis entre 2020 et 2025 ». Le document dresse un panorama détaillé de l’évolution des déclarations de soupçons et des mécanismes de détection des flux financiers illicites.
Explosion des déclarations de soupçons entre 2020 et 2025
Le rapport met en évidence une progression nette et continue du volume des déclarations de soupçon (DS) reçues par la cellule de renseignement financier. Après une relative stabilité entre 2020 et 2021 (446 puis 418 déclarations), les chiffres repartent à la hausse dès 2022 avec 516 cas.
L’année 2023 marque un tournant avec un bond à 850 déclarations, suivi d’une accélération encore plus forte en 2024 (1 236 cas), pour atteindre un pic de 1 334 déclarations en 2025.
Cette dynamique traduit, selon la commission, un renforcement de la vigilance des acteurs financiers et une amélioration progressive des dispositifs de conformité et de détection.
Les banques et la Poste tunisienne apparaissent comme les principaux fournisseurs de signalements, loin devant les assurances, les sociétés de leasing, les institutions de microfinance et les établissements de paiement.
Le financement du terrorisme reste marginal dans les signalements
Malgré l’augmentation globale des déclarations, la part des dossiers liés au financement du terrorisme demeure très faible par rapport à ceux liés au blanchiment d’argent.
Le blanchiment représente systématiquement plus de 96 % des cas sur la période étudiée, atteignant même 99 % entre 2023 et 2025. À l’inverse, les soupçons de financement du terrorisme restent cantonnés à des niveaux très bas, autour de 1 % à 4 % selon les années.
Le rapport souligne que cette structure contraste avec certains pays placés sous surveillance internationale, tout en rappelant que la faible proportion ne signifie pas une absence de risque.
Des liens étroits avec d’autres formes de criminalité
L’analyse des dossiers transmis révèle que les soupçons de financement illicite sont fréquemment associés à d’autres infractions. Dans 28 % des cas, ils sont liés à la fraude fiscale, et dans 27 % des cas au trafic de migrants. Les autres corrélations concernent notamment l’escroquerie, la contrebande, le vol et le faux.
Ces résultats confirment le caractère hybride des circuits financiers criminels, où le financement du terrorisme s’inscrit souvent dans des réseaux plus larges de criminalité organisée.
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La commission identifie plusieurs « red flags » ayant motivé les déclarations : mouvements bancaires atypiques, utilisation intensive d’espèces, incapacité à justifier l’origine des fonds, multiplication des transferts internationaux, comptes utilisés comme simples relais financiers ou encore refus de fournir des informations.
Les transferts internationaux et les opérations en espèces représentent chacun 29 % des modes de financement identifiés. Les autres techniques incluent les virements via sociétés de transfert d’argent, le leasing et divers instruments financiers.
Les secteurs les plus exposés sont le commerce international et les associations, chacun représentant 26 % des cas, suivis des sociétés de services.
Une architecture de surveillance renforcée
Le dispositif repose sur les déclarations des institutions bancaires, postales et financières, encadrées par la législation tunisienne de 2019 sur la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent. Depuis 2021, la plateforme GoAML centralise l’ensemble des signalements transmis à la commission.