À partir du mardi 25 août 2026, l’Institut Salah Azaïez de Tunis mettra en place des consultations dédiées à l’aide au sevrage tabagique. Destinées aussi bien aux patients qu’aux agents de l’établissement, ces consultations visent à offrir un accompagnement médical aux personnes souhaitant mettre fin à leur consommation de tabac.
Les prises de rendez-vous débuteront dès aujourd’hui. Les consultations seront assurées chaque mardi au service de médecine préventive et communautaire par une équipe médicale spécialisée, a indiqué l’Institut dans une publication sur sa page Facebook.
L’initiative prend une dimension particulière au sein de cet établissement, qui constitue un centre national de référence dans la surveillance, le diagnostic et le traitement des cancers. L’Institut Salah Azaïez compte notamment 187 lits et assure plusieurs dizaines de milliers de consultations chaque année.
Plus de 13 000 décès par an liés au tabac
Le lancement de ces consultations intervient alors que le tabagisme continue de représenter un lourd problème de santé publique en Tunisie.
Selon les données issues du modèle d’investissement consacré à la lutte antitabac en Tunisie, élaboré avec le ministère de la Santé, l’OMS et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le tabac est associé à plus de 13 200 décès chaque année dans le pays. Ce chiffre représente environ 20 % de l’ensemble des décès. Près de la moitié de ces décès sont prématurés, survenant avant l’âge de 70 ans.
Le tabagisme passif constitue également une part importante de cette mortalité : selon cette même étude, 18 % des vies perdues en lien avec le tabac sont associées à l’exposition à la fumée secondaire.
La prévalence reste particulièrement élevée chez les hommes. Les données citées récemment par l’Alliance tunisienne de lutte contre le tabagisme font état d’environ 48 % d’hommes fumeurs en Tunisie.
Une facture économique de 2 milliards de dinars
Au-delà de la mortalité, le tabagisme représente également un coût considérable pour l’économie tunisienne et le système de santé.
L’étude nationale sur l’investissement dans la lutte antitabac estimait à environ 2 milliards de dinars les pertes économiques liées au tabagisme en 2019, soit l’équivalent de 1,8 % du PIB. La majeure partie de cette facture provenait des pertes de productivité, tandis qu’une partie était directement liée aux dépenses de santé.
Selon les chiffres avancés en 2025 par le président de l’Alliance tunisienne de lutte contre le tabagisme, Hatem Bouzayene, le traitement d’un patient atteint d’un cancer du poumon peut représenter une charge annuelle de plusieurs centaines de milliers de dinars. Ces estimations illustrent le poids financier des pathologies associées au tabac, même si leur coût varie fortement selon le type de cancer, le stade de la maladie et les traitements utilisés.
Le tabagisme ne concerne plus uniquement la cigarette classique
L’enjeu est d’autant plus important que la consommation de nicotine évolue, notamment chez les jeunes, avec la progression des cigarettes électroniques et des produits du tabac chauffé.
Les données de l’enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes (GYTS) 2024 en Tunisie, publiée par l’OMS, permettent désormais de suivre plus précisément les comportements tabagiques des adolescents.
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L’OMS rappelle par ailleurs que toutes les formes de consommation de tabac sont nocives et qu’il n’existe pas de niveau d’exposition considéré comme sans danger. La nicotine demeure fortement addictive, ce qui explique notamment les difficultés rencontrées par de nombreux fumeurs lorsqu’ils tentent d’arrêter.
Le sevrage, un enjeu de prévention autant que de traitement
Avec l’ouverture de ces consultations, l’Institut Salah Azaïez met donc l’accent sur un autre volet de la lutte contre le cancer : prévenir la maladie en accompagnant les personnes dépendantes avant l’apparition de complications.
L’objectif n’est plus seulement de traiter les conséquences du tabagisme, mais également d’intervenir en amont à travers l’accompagnement médical au sevrage. Une approche qui s’inscrit dans les recommandations internationales de lutte contre le tabac, alors que l’OMS souligne que la réduction de la consommation et l’arrêt du tabac constituent des leviers majeurs de prévention des maladies cardiovasculaires, respiratoires et cancéreuses.
À l’échelle tunisienne, le renforcement de ce type de consultations pourrait ainsi contribuer à réduire à la fois la mortalité évitable, la pression exercée sur les services hospitaliers et le coût économique du tabagisme. Selon le modèle d’investissement du PNUD, la mise en œuvre de mesures efficaces de lutte antitabac pourrait permettre d’éviter plusieurs milliards de dinars de pertes économiques et de sauver des dizaines de milliers de vies sur une période de 15 ans.
L’ouverture de ces consultations à l’Institut Salah Azaïez constitue ainsi un signal supplémentaire : face au poids du tabagisme en Tunisie, le sevrage ne relève pas uniquement d’une décision individuelle, mais devient également un enjeu de santé publique et de prévention du cancer.