Face à la crise électrique qui secoue la Tunisie, le stockage de l’énergie solaire est présenté comme l’une des pistes permettant de soulager le réseau national. Mais derrière cette solution technologique se cache une réalité économique qui pose une question centrale : combien de Tunisiens peuvent réellement financer une telle installation ?
Le président du groupement professionnel des énergies renouvelables relevant de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), Moez Aziza, a indiqué que le coût d’une station solaire destinée à produire et stocker de l’électricité pour un foyer avec une capacité de 3 kilowatts atteint environ 20 mille dinars.
Des frais considérables
Selon lui, l’installation solaire seule revient actuellement à près de 10 mille dinars. L’ajout des batteries nécessaires au stockage double pratiquement la facture pour atteindre environ 20 mille dinars. Une somme qui représente plusieurs mois de revenus pour une grande partie des ménages tunisiens.
Cette annonce intervient alors que la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), confrontée à des pics historiques de consommation et à des épisodes de délestage, a insisté ces derniers jours sur la nécessité de réduire la demande et d’encourager les solutions alternatives. Le stockage domestique a ainsi été évoqué comme une réponse permettant aux citoyens de produire leur propre électricité et de limiter leur dépendance au réseau.
Mais dans le contexte économique actuel, cette orientation soulève une interrogation majeure : peut-on réellement demander aux Tunisiens de financer individuellement une partie de la transition énergétique alors que beaucoup subissent déjà une pression importante sur leur pouvoir d’achat ?
Un obstacle majeur
La présentation du stockage comme une réponse immédiate à la crise donne l’impression d’une solution accessible à tous, alors qu’elle reste pour l’instant réservée à une catégorie de ménages disposant d’une capacité financière importante et surtout d’une installation photovoltaïque. Le coût de l’investissement constitue un obstacle majeur, d’autant plus que près de 50% du prix d’installation serait lié aux taxes et aux charges, selon Moez Aziza, qui appelle justement à une réduction des fiscalités appliquées à ces équipements.
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Même les batteries, élément clé du dispositif, représentent à elles seules un investissement conséquent. Une batterie d’une capacité de 5 kilowatts coûte entre 4 et 5 mille dinars et permettrait de couvrir seulement deux à trois heures de consommation, selon le responsable du groupement professionnel des énergies renouvelables.
Pas une réponse immédiate et généralisée
Autrement dit, le stockage peut constituer une solution technique intéressante pour accompagner la transition énergétique, mais il ne peut pas être présenté comme une réponse immédiate et généralisée à la crise actuelle. Pour une majorité de Tunisiens, confrontés à la hausse des prix et aux difficultés économiques, investir 20 mille dinars pour sécuriser leur alimentation électrique reste hors de portée.
La question n’est donc pas seulement technologique, mais sociale : comment faire du stockage une véritable politique nationale et non une solution individuelle réservée aux ménages les plus aisés ? La transition énergétique nécessite certes des investissements privés, mais elle suppose aussi des mécanismes publics d’accompagnement, des aides ciblées et une stratégie permettant d’éviter que la facture de la crise électrique ne soit transférée directement aux citoyens.
Alors que les coupures ont rappelé la fragilité du système électrique tunisien, le débat ne porte plus uniquement sur la capacité à produire de l’énergie, mais aussi sur la capacité des citoyens à accéder aux solutions proposées. Présenter le stockage comme une réponse miracle sans expliquer son coût réel risque de créer un décalage entre les annonces institutionnelles et la réalité quotidienne des ménages.