Le député Hassan Jarboui a récemment affirmé, dans des déclarations médiatiques, que tout citoyen percevant moins de 3 000 dinars par mois devrait bénéficier de subvention de l’État. Une déclaration qui intervient dans un contexte de pression croissante sur le pouvoir d’achat et qui relance le débat sur le niveau de revenu nécessaire pour vivre dignement en Tunisie.
Car derrière cette prise de position, une interrogation essentielle s’impose : à partir de quel salaire peut-on réellement couvrir ses besoins sans basculer dans la précarité ?
Ecart significatif entre les revenus et le coût de la vie
En l’état actuel, les données disponibles montrent un écart significatif entre les revenus et le coût de la vie. Le salaire moyen en Tunisie est généralement estimé entre 900 et 950 dinars mensuels, avec des variations selon les secteurs. Le salaire minimum interprofessionnel garanti, lui, tourne autour de 528 dinars brut. Ces niveaux restent largement en deçà du seuil évoqué par le député.
Dans le même temps, plusieurs analyses économiques récentes indiquent qu’une personne seule a besoin d’au moins 1 200 dinars pour couvrir ses dépenses essentielles, tandis qu’une famille en milieu urbain doit mobiliser entre 3 000 et 3 500 dinars pour maintenir un niveau de vie relativement stable. Le seuil d’une vie jugée « décente » est souvent situé autour de 4 000 dinars, en tenant compte du logement, de l’alimentation, du transport, de la santé et de l’éducation.
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Un revenu de 2 000 dinars permet une relative autonomie
Une simulation simple permet de mieux saisir cette réalité. Avec un revenu proche du SMIG, soit environ 600 dinars net, il devient extrêmement difficile de subvenir seul à ses besoins, notamment en raison du coût du logement. À 1 000 dinars, niveau proche de la moyenne nationale, un individu peut couvrir ses dépenses de base, mais reste très exposé au moindre imprévu. Un revenu de 2 000 dinars permet une relative autonomie pour une personne seule, sans pour autant garantir une réelle sécurité financière, surtout en cas de charges familiales.
Ce n’est qu’à partir de 3 000 dinars qu’un ménage commence à atteindre un certain équilibre, bien que la capacité d’épargne demeure limitée. Au-delà de 4 000 dinars, le niveau de vie devient plus confortable et correspond davantage aux standards d’une vie décente tels que définis par plusieurs études.
Dans ce contexte, la déclaration du député Hassan Jarboui apparaît moins comme une exagération que comme le reflet d’un décalage profond entre les revenus réels des Tunisiens et les exigences économiques quotidiennes. Elle met en évidence une classe moyenne fragilisée et une large frange de la population confrontée à des arbitrages permanents.
Au-delà de la controverse, cette prise de position pose une question centrale pour les politiques publiques : celle de la redéfinition des mécanismes de soutien social. Si le seuil de 3 000 dinars devient une référence, cela signifie que l’essentiel des salariés pourrait être concerné par des formes d’aide, révélant ainsi l’ampleur des tensions économiques qui traversent le pays.