La question de la polygamie revient dans le débat public en Tunisie. Le député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Abdessattar Zraïri, a appelé à revoir le Code du statut personnel et à soumettre notamment la question de la polygamie à un référendum populaire. Une proposition qui a suscité des réactions au Parlement et sur les réseaux sociaux, alors que l’interdiction de la polygamie constitue l’un des principes historiques de la législation tunisienne sur la famille.
Dans une intervention téléphonique, vendredi, sur les ondes de Jawhara FM, le député a précisé avoir appelé à modifier le Code du statut personnel et les textes qui en découlent, en soulignant que sa démarche ne se limitait pas à la question de la pluralité des épouses. Il a également indiqué qu’il ne souhaitait pas présenter directement une proposition de référendum au Parlement, mais plutôt soumettre cette question aux citoyens.
Abdessattar Zraïri a ainsi appelé le président de la République, Kaïs Saïed, à organiser un référendum populaire sur la polygamie, estimant que le peuple tunisien devait avoir le dernier mot sur cette question.
Une interdiction instaurée dès 1956 sous Bourguiba
La question est particulièrement sensible en Tunisie, où l’interdiction de la polygamie remonte aux premières années de l’indépendance. Le 13 août 1956, sous la présidence de Habib Bourguiba, la Tunisie promulguait le Code du statut personnel (CSP), entré en vigueur le 1er janvier 1957. Ce texte avait profondément modifié le droit de la famille, notamment en interdisant la polygamie, en imposant le consentement des deux époux au mariage et en confiant le divorce à la justice.
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L’article 18 du Code du statut personnel stipule explicitement que « la polygamie est interdite ». Il prévoit également des sanctions pénales contre toute personne déjà mariée qui contracte une nouvelle union avant la dissolution de son premier mariage. Les dispositions de cet article ont été renforcées par des modifications législatives en 1958 et en 1964.
Particularité majeure du modèle juridique tunisien
Cette interdiction a constitué une particularité majeure du modèle juridique tunisien dans le monde arabe et musulman. Elle s’inscrivait dans la politique de réforme de la société engagée après l’indépendance, sous l’impulsion de Bourguiba, et demeure aujourd’hui un élément central du Code du statut personnel.
La déclaration d’Abdessattar Zraïri remet ainsi sur la table un débat qui touche directement à l’histoire juridique du pays, aux droits des femmes et à l’évolution de la législation familiale en Tunisie.