Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de Tunisie réagit aux déclarations attribuées au ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, concernant la suspension du règlement des sommes dues aux pharmacies privées. Il estime qu’une telle mesure, si elle se confirme, risque d’aggraver une crise déjà alimentée par l’accumulation des impayés de la CNAM.
Le bras de fer entre les pharmacies privées et les autorités autour du système du tiers payant prend une nouvelle tournure. Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de Tunisie (CNOPT) a exprimé, jeudi soir, son étonnement face aux déclarations attribuées au ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, selon lesquelles le versement des sommes dues aux officines resterait suspendu jusqu’à la reprise du dispositif de tiers payant avec la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM).
Dans un communiqué publié le 5 novembre, l’instance ordinale a estimé que de tels propos, s’ils se confirmaient, seraient de nature à aggraver la situation et à compliquer davantage la crise que traverse le secteur pharmaceutique. Elle a exprimé l’espoir que ces déclarations soient démenties et que la position attribuée au ministre soit retirée.
La réaction intervient après l’intervention d’Issam Lahmar devant la commission de la santé réunissant les deux chambres parlementaires. Selon les comptes rendus médiatiques de cette séance, le ministre a indiqué que les paiements aux pharmacies privées ne reprendraient qu’après la levée de leur décision de suspendre l’application du tiers payant.
Les impayés au cœur du conflit
Pour le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, la suspension du tiers payant n’est pas une décision isolée. Elle s’inscrit dans une crise persistante, marquée par les retards de règlement des sommes dues aux pharmacies privées et l’accumulation des créances sur la CNAM.
Ces retards ont entraîné, selon l’Ordre, des déséquilibres financiers qui pèsent lourdement sur les officines et menacent leur capacité à poursuivre normalement leurs activités.
Le conflit avait franchi un nouveau seuil le 30 octobre, lorsque le Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées avait annoncé la suspension du tiers payant à compter du 1er novembre 2026. Le syndicat avait justifié cette décision par les retards de paiement et les manquements persistants de la CNAM à ses engagements contractuels.
Une crise qui dépasse les pharmacies
L’Ordre met également en garde contre les répercussions possibles de cette confrontation sur l’ensemble de la chaîne du médicament. Les difficultés financières des pharmacies privées risquent, selon lui, de se répercuter sur les grossistes-répartiteurs et les industriels du secteur pharmaceutique.
Le maintien de ces déséquilibres pourrait ainsi fragiliser les entreprises, menacer des emplois et affecter la régularité de l’approvisionnement en médicaments, avec des conséquences potentielles sur la continuité des traitements.
Au-delà du différend entre les professionnels et la CNAM, la crise concerne donc directement les assurés sociaux, désormais privés de l’accès habituel au tiers payant dans les pharmacies privées.
Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens appelle le ministre des Affaires sociales à privilégier le dialogue et la recherche d’un compromis durable, tout en accélérant le règlement des sommes dues aux pharmacies.
Le différend porte désormais sur deux questions étroitement liées : la reprise du tiers payant et le paiement des créances accumulées. Pour les pharmaciens, le règlement des sommes dues ne devrait pas devenir une condition de négociation dans le conflit qui les oppose à la CNAM.
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