Ce qui, il y a quelques semaines encore, pouvait être perçu comme une succession de difficultés locales est désormais devenu un sujet suivi par la presse internationale. Coupures d’électricité, interruptions de l’approvisionnement en eau, pénurie d’eau en bouteille et températures extrêmes : la crise vécue par les Tunisiens durant l’été 2026 a franchi les frontières et commence à poser une question beaucoup plus sensible pour le pays : quel impact sur l’image de la Tunisie et, surtout, sur son attractivité touristique ?
La multiplication des articles consacrés à la situation tunisienne est révélatrice. Le phénomène n’est plus seulement rapporté par les médias tunisiens. Des médias internationaux comme Le Monde, Associated Press, Reuters, Al Jazeera, le Financial Times ou encore Euronews ont consacré des reportages ou des articles aux conséquences des coupures d’électricité et d’eau.
Le sujet change ainsi de dimension. Il ne s’agit plus uniquement de savoir comment les Tunisiens vivent une période de fortes chaleurs, mais de savoir comment cette situation est perçue depuis l’étranger.
Le Monde : de la crise quotidienne à la crise de l’image
Le Monde a particulièrement documenté la situation. Le 3 août, le quotidien français publiait un reportage consacré à l’impact des coupures d’électricité et d’eau sur le secteur touristique tunisien. Son titre est à lui seul révélateur : « Les touristes viennent ici pour se détendre, mais il devient très difficile de leur offrir cette tranquillité ».
Le choix de cet angle est important. La question n’est plus seulement celle de l’accès aux services publics pour les citoyens. Elle concerne directement l’expérience des visiteurs étrangers.
Lire aussi : Coupures d’eau et d’électricité : Paris alerte les voyageurs à destination de la Tunisie
Or, dans une destination touristique, l’eau et l’électricité ne sont pas des services secondaires. Ils constituent une partie invisible mais fondamentale du produit touristique : climatisation, douches, piscines, restaurants, hôtels, réfrigération des aliments, fonctionnement des équipements et confort général.
Quelques semaines plus tard, Le Monde est revenu sur la crise avec un article publié le 1er septembre consacré à la pénurie d’eau en bouteille. Le quotidien français décrit des rayons vides, des files d’attente et des consommateurs cherchant désespérément à s’approvisionner. Il souligne également que la situation a été aggravée par les coupures d’électricité qui ont perturbé la production dans les usines d’embouteillage.
Le détail est loin d’être anodin : le reportage évoque notamment une vidéo tournée à Hammamet, l’une des principales stations balnéaires du pays, montrant une altercation autour de la vente d’eau.
Autrement dit, même les lieux associés à l’image touristique de la Tunisie se retrouvent désormais présents dans les récits internationaux consacrés aux pénuries.
Quand la crise devient une histoire internationale
Le Monde n’est pas le seul média à avoir porté cette situation à l’attention d’un public international. Associated Press a également décrit un été marqué par des températures pouvant atteindre 50 °C, des pénuries d’eau et d’électricité et une montée de la colère sociale. L’agence américaine explique notamment que les coupures d’électricité ont affecté les stations de pompage de l’eau et le fonctionnement des usines.
Al Jazeera a, de son côté, consacré un reportage à la situation en reliant directement les températures extrêmes aux difficultés d’approvisionnement en eau et aux tensions sur le système électrique tunisien.
Le Financial Times a également analysé les coupures comme un problème dépassant la simple conséquence de la canicule. Le quotidien britannique a mis en avant l’état du réseau électrique, les difficultés d’investissement et les conséquences économiques et sociales des délestages.
Le phénomène est donc particulièrement significatif : plusieurs médias internationaux, avec des lignes éditoriales et des publics très différents, convergent désormais sur le même récit.
Une nouvelle image de la Tunisie ?
C’est là que se trouve l’enjeu pour la destination. La Tunisie vend à l’étranger une promesse touristique fondée notamment sur le soleil, la mer, les plages, les hôtels et le dépaysement. Mais la même chaleur qui constitue un argument touristique devient désormais une source de vulnérabilité lorsqu’elle s’accompagne de coupures d’électricité et de problèmes d’approvisionnement en eau.
Le paradoxe est brutal : le soleil est l’un des principaux atouts de la destination, mais les températures extrêmes peuvent simultanément mettre sous pression les infrastructures nécessaires à l’accueil des touristes.
Lire aussi : Tunisie : Août est fini, les délestages maintenus et le calvaire se prolonge après l’été
Une panne d’électricité de quelques heures n’a évidemment pas le même impact pour un habitant que pour un hôtel accueillant plusieurs centaines de touristes. Dans un établissement touristique, une coupure peut affecter la climatisation, les ascenseurs, les systèmes de pompage, les chambres froides, les cuisines, les piscines ou encore les équipements sanitaires.
Pour un touriste étranger, notamment dans un hôtel quatre ou cinq étoiles, l’accès permanent à l’eau constitue une attente élémentaire. La répétition des coupures peut donc transformer un incident technique en mauvaise expérience touristique.
Le risque n’est pas forcément une chute immédiate des arrivées
Il faut toutefois éviter une conclusion trop rapide : la médiatisation internationale de la crise ne signifie pas automatiquement que la Tunisie va connaître une baisse de ses arrivées touristiques.
Le tourisme dépend de nombreux facteurs : prix, proximité géographique, climat, qualité des plages, infrastructures hôtelières, sécurité, connectivité aérienne et perception générale de la destination.
La Tunisie conserve des avantages considérables, notamment pour les marchés européens. Une partie importante des touristes réserve également ses vacances plusieurs mois à l’avance, et une crise estivale ponctuelle ne suffit pas nécessairement à modifier immédiatement les flux.
Mais le véritable danger pourrait être ailleurs : dans l’évolution progressive de la perception de la destination.
Si les articles sur les coupures d’eau, les pénuries et les problèmes d’électricité continuent à se multiplier, la question pourrait finir par s’installer dans l’esprit des voyageurs et des professionnels du tourisme.
Le problème de la réputation
Dans le tourisme contemporain, l’image d’une destination se construit autant sur les réseaux sociaux que dans les brochures des agences de voyages.
Une photographie d’une plage tunisienne peut promouvoir la destination auprès de millions de personnes. Mais une vidéo montrant des touristes confrontés à une coupure d’eau ou des files d’attente pour acheter des bouteilles peut circuler tout aussi rapidement.
C’est précisément ce qui rend la situation actuelle différente des crises précédentes. Les touristes ne sont plus seulement des consommateurs de l’information produite par les médias traditionnels. Ils produisent eux-mêmes des images, publient leurs expériences et peuvent transformer un incident local en contenu viral.
La pénurie d’eau en bouteille fournit un exemple particulièrement parlant. Le Monde rapporte que des images de tensions entre consommateurs et commerçants ont circulé sur les réseaux sociaux.