La présence indienne en Tunisie ne se résume plus au partenariat historique dans les phosphates et les engrais. Depuis plusieurs mois, les échanges entre Tunis et New Delhi se multiplient, avec une volonté affichée de diversifier les secteurs de coopération et de renforcer les investissements. La célébration, dimanche 4 octobre 2026 à Tunis, du 62e anniversaire du programme indien de coopération technique et économique ITEC intervient ainsi dans un contexte de rapprochement croissant entre les deux pays.
Organisée par l’ambassade d’Inde en Tunisie, la rencontre a permis de revenir sur les résultats du programme ITEC, lancé en 1964 et qui a bénéficié à plus de 225.000 responsables et professionnels issus de plus de 160 pays. La coopération couvre désormais des domaines comme l’intelligence artificielle appliquée à la gouvernance, la cybersécurité, l’informatique quantique, la transformation numérique, le changement climatique ou encore l’innovation et l’entrepreneuriat.
Pour Tunis et New Delhi, cette coopération constitue également un moyen de renforcer les compétences et les échanges d’expertise. Le programme propose notamment des formations en Inde, des dispositifs à distance, des formations organisées directement dans les pays partenaires ainsi que des visites d’étude et l’envoi d’experts.
Du phosphate au numérique, à la santé et à l’investissement
Le mouvement dépasse toutefois largement le cadre de la formation. Le 27 mars 2026, lors de la sixième session des consultations politiques entre l’Inde et la Tunisie, les deux pays ont convenu d’intensifier leurs efforts afin de porter leurs échanges commerciaux à 1 milliard de dollars. Ils ont également identifié plusieurs secteurs prioritaires, parmi lesquels les engrais, l’agriculture, la gestion de l’eau, les énergies renouvelables et les infrastructures numériques publiques.
Cette volonté de diversifier les relations économiques s’est poursuivie au printemps. Les 11 et 12 mai, New Delhi a accueilli la deuxième réunion du groupe de travail tuniso-indien sur le commerce et l’investissement, consacrée notamment à l’augmentation des échanges et à la compétitivité des exportations tunisiennes sur le marché indien.
Dans le numérique, Tunis et New Delhi ont également engagé de nouvelles discussions. En janvier, le ministère tunisien des Technologies de la communication avait annoncé des échanges sur la formation des compétences, l’expertise et la mise en place de projets communs autour de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle.
Le secteur de la santé constitue lui aussi une nouvelle piste. En juillet, l’ambassadrice indienne a rencontré des responsables du ministère tunisien de la Santé pour discuter notamment de la santé numérique, de la plateforme eSanjeevani, des médicaments abordables, de la coopération pharmaceutique et de la formation dans le cadre d’ITEC.
Le tourisme et l’artisanat figurent également parmi les secteurs ciblés. En février, le ministère tunisien du Tourisme et l’ambassade d’Inde avaient évoqué le développement des relations bilatérales, la diversification des marchés touristiques, les investissements ainsi que l’approvisionnement des artisans tunisiens en matières premières indiennes, notamment la soie.
Un intérêt indien qui s’élargit aux investissements tunisiens
Le rapprochement économique a pris une nouvelle dimension au mois d’août avec l’organisation à Tunis du Tunisia-India Joint Business Forum. Des rencontres entre entreprises tunisiennes et indiennes ont porté sur les TIC, le digital, l’automobile, l’industrie pharmaceutique, le textile, les énergies renouvelables et l’audiovisuel. Un acte de fondation du Tunisia-India Joint Business Forum a également été signé afin de faciliter les contacts entre les deux communautés d’affaires et d’accompagner de nouveaux projets d’investissement.
La Tunisie cherche parallèlement à attirer davantage de capitaux indiens en mettant en avant sa position entre l’Europe et l’Afrique. En mai, la Tunisia Investment Authority avait échangé avec Nandkishor Kagliwal, consul honoraire de Tunisie à Mumbai et président du Nath Group, autour d’opportunités d’investissement dans l’éducation et la recherche, les composants automobiles, les technologies de l’information et de la communication, l’innovation et l’agroalimentaire. Les deux parties avaient évoqué l’organisation de missions sectorielles indiennes en Tunisie et de rencontres B2B.
Cette dynamique s’appuie sur un partenariat industriel déjà ancien. Le projet TIFERT, implanté à Skhira, associe depuis 2006 la Compagnie des phosphates de Gafsa et le Groupe chimique tunisien à deux partenaires indiens, Gujarat State Fertilizers Corporation et Coromandel International. D’un montant initial de 465 millions de dollars, le projet constitue l’un des principaux piliers de la coopération économique entre les deux pays.
L’année 2026 montre toutefois que New Delhi cherche désormais à élargir cette présence à de nouveaux secteurs. Une rencontre de l’ambassadrice indienne avec Omar Bouzouada, président de TIFERT, de la CPG et du GCT, a notamment porté sur le renforcement de la coopération dans les phosphates et les engrais et sur l’exploration de nouvelles opportunités de partenariat. Parallèlement, des échanges ont eu lieu avec le groupe COFICAB autour du développement des relations économiques et des partenariats entre entreprises.
Lire aussi : Phosphates : L’Inde renforce son engagement en Tunisie et prépare la relance de TIFERT
L’objectif affiché d’atteindre 1 milliard de dollars d’échanges, la multiplication des rencontres entre entreprises et l’ouverture de nouveaux dossiers dans le numérique, la santé, l’agriculture, les énergies renouvelables et l’industrie montrent ainsi que la relation tuniso-indienne entre dans une phase de diversification. Pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de transformer cet intérêt croissant en investissements et en projets concrets, alors que l’Inde cherche de son côté à renforcer ses partenariats économiques en Afrique et à utiliser davantage les capacités industrielles et humaines tunisiennes comme point d’appui vers les marchés africains et européens.