Réuni à Sousse, l’Ordre des ingénieurs tunisiens a appelé à accélérer l’adoption du nouveau projet de loi encadrant la profession. L’instance souhaite tourner la page d’un cadre juridique datant de 1982. En toile de fond : malaise professionnel et exode croissant des compétences.
Une réforme attendue pour moderniser la profession
À l’issue de ses travaux tenus du 1er au 3 mai sous le slogan « L’ingénieur, pilier de la souveraineté et du développement », le Conseil national a insisté sur l’urgence de finaliser le processus législatif. L’objectif est de doter la profession d’un cadre actualisé, en phase avec les mutations économiques et technologiques.
L’organisation appelle les pouvoirs exécutif et législatif à hâter l’adoption de ce texte, considéré comme structurant pour l’avenir du secteur.
Malaise social et fuite des compétences
Le Conseil a également mis en lumière la dégradation des conditions professionnelles des ingénieurs en Tunisie. Il plaide pour une amélioration des rémunérations et du cadre de travail, afin de répondre aux attentes d’une catégorie clé pour le développement.
Dans ce contexte, l’instance tire la sonnette d’alarme sur la fuite continue des compétences, appelant à des réformes urgentes pour freiner ce phénomène qui fragilise le tissu économique.
Par ailleurs, une nouvelle phase de restructuration interne a été annoncée. Elle vise à renforcer la participation des jeunes ingénieurs et à promouvoir davantage la présence des femmes dans les postes de décision. L’Ordre entend ainsi moderniser sa gouvernance et élargir sa représentativité.
46.000 départs en dix ans
Selon les dernières données, près de 46.000 ingénieurs ont quitté le pays au cours de la dernière décennie, révélant une hémorragie persistante de talents. Le départ massif des ingénieurs tunisiens confirme en effet une dynamique déjà observée ces dernières années. Les estimations antérieures faisaient état de 39.000 à plus de 45.000 ingénieurs expatriés, avec un rythme moyen d’environ 20 départs par jour.
Selon le Président de l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens (OIT), Mohsen Ghrissi, qui tirait il y a encore quelques jours, la sonnette d’alarme en appelant à la tenue urgente d’un Conseil des ministres consacré exclusivement à la migration des ingénieurs, sur les 105.000 ingénieurs inscrits à l’Ordre, pas moins de 46.000 ont choisi l’exil au cours des dix dernières années.
Les causes de cette fuite des cerveaux sont principalement des rémunérations jugées insuffisantes, des conditions de travail peu attractives, et un manque de perspectives professionnelles.
Dans certains cas, les écarts salariaux avec l’étranger sont considérables, rendant l’émigration particulièrement attractive. À cela s’ajoutent des obstacles liés à la bureaucratie et à un environnement parfois peu favorable à l’innovation.