Lors d’une intervention sur Express FM à propos des enjeux des marchés de matières premières, l’économiste et spécialiste des risques financiers, Kamel Naoui, a mis en avant l’intérêt stratégique de l’huile d’olive pour l’économie tunisienne. Produit phare des exportations agricoles, la Tunisie figure parmi les principaux producteurs mondiaux, mais reste largement dépendante des prix fixés à l’international, notamment sur les places européennes.
Aujourd’hui, l’huile d’olive tunisienne n’est pas cotée sur une bourse de matières premières. Son prix est déterminé essentiellement par les marchés internationaux, les contrats commerciaux privés et les fluctuations de l’offre et de la demande mondiale. Cette situation limite la capacité de la Tunisie à influencer la formation des prix malgré son poids dans la production mondiale.
Introduire une cotation organisée
Selon les experts, l’idée d’introduire une cotation organisée de l’huile d’olive sur un marché structuré local ou régional vise à instaurer un prix de référence tunisien, plus représentatif des réalités de production. Cela impliquerait toutefois des réformes profondes, notamment sur le plan juridique et institutionnel liées à la Bourse de Tunis.
Dans ce cadre, la discussion évoque la possibilité de développer une plateforme de type boursier dédiée aux matières premières agricoles, inspirée des marchés internationaux. Une telle infrastructure pourrait, à terme, s’appuyer sur la Bourse de Tunis, à condition d’élargir son champ d’intervention au-delà des instruments financiers classiques.
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Mais plusieurs obstacles demeurent. D’abord, le cadre légal actuel ne permet pas encore l’intégration de produits agricoles physiques comme l’huile d’olive dans un système de cotation boursière standardisé. Ensuite, la mise en place d’un tel marché nécessite des infrastructures logistiques et numériques avancées, notamment des systèmes de stockage certifiés, de traçabilité et de normalisation de la qualité.
Un autre enjeu concerne les instruments financiers dérivés, comme les contrats à terme, utilisés sur les marchés internationaux pour couvrir les risques de variation des prix. Leur introduction en Tunisie supposerait un encadrement réglementaire strict afin d’éviter les dérives spéculatives et de garantir leur usage comme outils de couverture pour les producteurs et exportateurs.
Transition vers un système de cotation
Enfin, certains acteurs institutionnels comme l’Office national de l’huile pourraient jouer un rôle central dans une éventuelle transition vers un système de cotation plus structuré, en assurant la collecte de données, la certification des qualités et l’encadrement du marché.
En l’état actuel, la cotation de l’huile d’olive en bourse en Tunisie reste donc une perspective théorique. Elle est jugée techniquement possible à moyen ou long terme, mais elle nécessite une refonte profonde du cadre réglementaire, la mise en place d’une infrastructure de marché adaptée et une coordination étroite entre l’État, les institutions financières et les acteurs de la filière.
L’enjeu dépasse ainsi la seule question financière : il s’agit d’une transformation structurelle visant à donner à la Tunisie davantage de souveraineté dans la fixation de la valeur de l’un de ses produits agricoles les plus stratégiques.