Des experts de l’hôpital de Sheffield participent, du 17 au 19 août, à une formation consacrée aux techniques avancées d’endoscopie digestive à l’hôpital universitaire Mongi Slim de La Marsa. Si l’information peut donner l’impression que la Tunisie cherche à rattraper un retard, la réalité est plus nuancée : le pays dispose déjà d’une expertise dans ce domaine et cherche surtout à renforcer ses compétences sur des techniques particulièrement spécialisées.
Pourquoi Sheffield ?
Le choix de l’établissement britannique n’est pas anodin. Le service d’endoscopie de Sheffield figure parmi les 20 centres d’excellence de la World Endoscopy Organization (WEO) dans le monde et parmi les deux seuls centres britanniques bénéficiant de cette reconnaissance.
Son activité témoigne d’un niveau de spécialisation élevé, avec notamment plus de 10.000 gastroscopies, 7500 coloscopies, environ 1200 CPRE et 560 écho-endoscopies réalisées chaque année.
Il ne s’agit donc pas, pour les équipes tunisiennes, d’apprendre les bases de l’endoscopie digestive. L’enjeu se situe davantage dans la maîtrise et la standardisation de techniques diagnostiques et thérapeutiques avancées, ainsi que dans l’actualisation des pratiques.
La Tunisie dispose déjà d’une expertise
Cette coopération prend d’autant plus de sens que la Tunisie cherche elle-même à devenir un pôle régional dans ce domaine.
La World Endoscopy Organization a identifié le pays comme un partenaire prometteur pour le développement de la formation en endoscopie digestive en Afrique. En 2026, un programme soutenu notamment par la JICA prévoit ainsi des sessions de formation à Nabeul destinées à des professionnels africains, avec l’intervention d’équipes tunisiennes.
Le paradoxe est donc intéressant : la Tunisie reçoit des experts britanniques tout en commençant elle-même à transmettre son savoir-faire à d’autres pays africains.
L’endoscopie moderne dépasse largement la simple exploration de l’estomac ou du côlon. Elle comprend notamment l’écho-endoscopie, la CPRE et différentes techniques interventionnelles et thérapeutiques complexes.
À ce niveau, la performance ne dépend pas uniquement de la disponibilité du matériel. Elle repose aussi sur la sélection des patients, les protocoles, la qualité du geste, l’interprétation des examens et la capacité à prévenir ou traiter les complications.
C’est précisément ce type de perfectionnement que permettent les échanges avec des centres internationaux à forte activité.
Une coopération qui révèle une montée en gamme
Il serait donc trompeur de présenter cette formation comme la preuve d’un retard tunisien en endoscopie digestive.
Elle témoigne plutôt d’une volonté de faire progresser une expertise déjà existante vers les standards les plus avancés, en confrontant les pratiques locales à celles de centres internationaux de référence.
Le mouvement est d’ailleurs désormais dans les deux sens : Sheffield apporte son expertise en Tunisie, tandis que des équipes tunisiennes s’apprêtent à former des professionnels africains.
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