À mesure que l’intelligence artificielle s’impose dans les grandes économies, elle cesse d’être un sujet d’anticipation pour devenir un enjeu immédiat de gouvernance et de compétitivité. En Tunisie, où les entreprises évoluent dans un environnement marqué par la pression réglementaire, la volatilité des marchés et des marges de plus en plus contraintes, la question n’est plus de savoir si l’IA doit être adoptée, mais comment l’intégrer de manière stratégique. C’est autour de cette problématique qu’Amen Bank a organisé, le 26 janvier 2026 à Tunis, une rencontre dédiée aux usages économiques et financiers de l’intelligence artificielle.
Décider plus vite dans un environnement sous contrainte
À travers cette initiative, la banque affiche une ambition claire : accompagner les entreprises tunisiennes au-delà du financement, en les aidant à structurer leur réflexion autour de la donnée, de la décision et de la création de valeur.
Pour Néji Ghandri, président du directoire d’Amen Bank, l’IA s’inscrit dans une transformation plus large du rôle des entreprises. Selon lui, celles-ci sont aujourd’hui confrontées à une accélération sans précédent des cycles de décision, dans un contexte où l’exigence de fiabilité devient centrale. L’intelligence artificielle apparaît alors comme un levier capable de transformer des volumes croissants d’informations en décisions exploitables, à condition d’être intégrée dans une vision globale et maîtrisée.
Mais cette promesse repose sur un socle fondamental : la donnée. Qualité, cohérence, profondeur historique et gouvernance déterminent directement la pertinence des analyses produites par les systèmes d’IA. Sans ce cadre, la technologie peut produire des résultats rapides mais fragiles. Les échanges ont ainsi mis en évidence les arbitrages complexes auxquels font face les entreprises, notamment entre les coûts d’entraînement des modèles, les coûts d’exploitation à grande échelle et les besoins croissants en puissance de calcul. À ces enjeux techniques s’ajoutent des questions structurantes liées à l’hébergement des données, à la souveraineté numérique, à la conformité réglementaire et à la sécurité.
Au sein d’Amen Bank, cette réflexion autour de l’intelligence artificielle concerne l’ensemble des métiers, du risque à la conformité, de la relation client aux opérations, en passant par la finance, les systèmes d’information et les fonctions support.
L’IA, entre promesse technologique et responsabilité humaine
Les cas d’usage évoqués illustrent toutefois un potentiel bien réel. De l’analyse prédictive des comportements clients à la détection des risques, en passant par l’automatisation du traitement documentaire ou l’aide à la décision financière, l’IA s’impose progressivement comme un outil transversal d’optimisation. À l’échelle mondiale, l’ampleur des investissements consentis dans ces technologies confirme cette dynamique, avec des attentes fortes en matière de productivité et de compétitivité.
Intervenant lors de la rencontre, l’experte internationale en intelligence artificielle Nozha Boujemaa a apporté un éclairage complémentaire, en distinguant l’IA prédictive de l’IA générative. Selon elle, cette dernière constitue avant tout une révolution des usages, plus qu’une rupture technologique soudaine. Elle a appelé les entreprises tunisiennes à ne pas attendre des conditions idéales pour se lancer, tout en insistant sur la nécessité d’un accompagnement progressif et d’une montée en compétences internes. Pour l’experte, l’IA ne remplace ni l’expertise humaine ni la responsabilité managériale, mais elle en augmente les capacités.
Au fil des échanges, un message s’est imposé : l’intelligence artificielle est désormais un sujet stratégique qui engage directement les directions générales. Mal gouvernée, elle peut fragiliser les organisations. Bien intégrée, elle devient un levier de performance durable. À travers cette rencontre, Amen Bank invite ainsi les entreprises tunisiennes à faire de l’IA non pas un effet de mode, mais un choix structurant pour décider mieux et anticiper plus loin.
