Les coupures d’électricité qui touchent plusieurs régions de la Tunisie depuis plusieurs jours alimentent les inquiétudes des citoyens. Face à une consommation record provoquée par la canicule, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a recours à des délestages pour préserver la stabilité du réseau. Mais ces coupures signifient-elles que le pays est au bord d’un black-out ? Et pourquoi les habitants rapportent-ils parfois des interruptions bien plus longues que celles annoncées officiellement ?
Les délestages sont-ils le signe d’un black-out imminent ?
Depuis le début de la vague de chaleur, les températures dépassent régulièrement les 45°C dans plusieurs régions, entraînant une utilisation massive des climatiseurs.
Selon le président-directeur général de la STEG, Fayçal Trifa, la puissance appelée a atteint environ 5000 MW aux heures de pointe, soit près de 30% de plus que le niveau habituel. Pour éviter une surcharge du réseau, la STEG a mis en place des délestages tournants dans plusieurs gouvernorats.
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Le responsable de la STEG a expliqué que ces coupures, destinées à éviter un black-out, ne dépassaient généralement pas une heure.
Sur le plan technique, cette stratégie est couramment utilisée par les gestionnaires de réseaux électriques : en réduisant temporairement la consommation dans certaines zones, ils cherchent à préserver l’équilibre entre la production et la demande et à éviter une panne généralisée beaucoup plus difficile à résorber.
À ce stade, aucune communication officielle n’indique que la Tunisie se soit trouvée au bord d’un black-out national.
Des coupures d’une heure annoncées… mais une réalité parfois bien différente
C’est toutefois sur ce point que les témoignages de nombreux citoyens divergent de la communication officielle.
Dans plusieurs régions, notamment à Gabès, La Manouba, Bizerte ou encore Sfax, des habitants ont rapporté des coupures ayant duré plusieurs heures, parfois entre quatre et six heures, voire davantage dans certains quartiers.
Dans d’autres cas, plusieurs interruptions successives se sont produites au cours de la même journée, portant la durée cumulée sans électricité à plusieurs heures.
La STEG n’a pas publié de bilan détaillé indiquant, région par région, la durée réelle des interruptions ni les raisons techniques expliquant ces écarts.
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Une distinction importante doit cependant être faite. La durée d’une heure évoquée par le PDG peut concerner le délestage programmé lui-même. En pratique, une panne locale, un incident sur le réseau ou des difficultés lors de la remise sous tension peuvent prolonger l’absence d’électricité bien au-delà de cette durée.
Faute de données détaillées, il est aujourd’hui impossible de déterminer, pour chaque localité, quelle part des longues coupures relève du délestage programmé et quelle part résulte d’autres incidents techniques.
Pourquoi la consommation atteint-elle des niveaux records ?
La principale explication réside dans la généralisation de la climatisation. Selon les données de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), la Tunisie compte aujourd’hui près de 2,7 millions de climatiseurs, soit près d’un million de plus qu’il y a cinq ans. Plus d’un ménage sur deux possède désormais au moins un appareil.
Toujours selon l’ANME, ces équipements représentent environ 18 % de la consommation électrique des ménages mais près de 50 % de la demande enregistrée lors des pics estivaux. Cette évolution explique en grande partie les records de consommation observés chaque été.
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Une forte dépendance au gaz naturel
Le système électrique tunisien reste également très dépendant du gaz naturel. Selon le dernier bilan énergétique officiel, environ 94 % de l’électricité produite dans le pays provient encore du gaz, tandis que les énergies renouvelables représentent près de 6 % du mix électrique.
Cette dépendance réduit les marges de manœuvre lors des pics de consommation, d’autant que les possibilités d’importation d’électricité restent limitées lorsque les pays voisins connaissent eux aussi une forte demande liée à la chaleur.
Les investissements permettront-ils d’éviter une nouvelle crise ?
Pour renforcer son réseau, la Tunisie a engagé plusieurs projets de modernisation, notamment à travers le programme TEREG, soutenu par la Banque mondiale.
Ce programme doit permettre d’améliorer la fiabilité du réseau et de faciliter l’intégration de nouvelles capacités solaires et éoliennes au cours des prochaines années.
Ces investissements devraient progressivement renforcer la résilience du système électrique tunisien. Ils ne permettront toutefois pas de répondre immédiatement aux tensions provoquées par les vagues de chaleur exceptionnelles.
Ce que l’on sait… et ce que l’on ignore encore
Les informations disponibles confirment que la Tunisie connaît une consommation électrique historique sous l’effet de la canicule et que les délestages visent à éviter une panne généralisée du réseau. En revanche, plusieurs questions demeurent sans réponse.
La STEG n’a notamment pas publié la puissance réellement disponible au moment des pics de consommation, ni un bilan détaillé des coupures effectivement subies par chaque région.
Cette transparence permettrait de mieux comprendre si les longues interruptions signalées dans certaines localités résultent uniquement du délestage programmé ou d’autres difficultés techniques rencontrées sur le réseau.
À l’heure actuelle, une chose apparaît néanmoins clairement : si le black-out national ne s’est pas produit, les événements de ces derniers jours montrent que le système électrique tunisien est soumis à une pression inédite lors des épisodes de chaleur extrême.
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