La Tunisie vient de réaliser l’une de ses meilleures campagnes céréalières depuis plusieurs années. Pourtant, les attaques contre les ports et les navires en mer Noire rappellent une réalité : le pays reste dépendant du blé importé et donc exposé aux perturbations de l’un des principaux bassins céréaliers mondiaux.
La Tunisie avertit ses fournisseurs
Selon Reuters, les attaques russes et ukrainiennes contre des ports, des terminaux céréaliers et des navires provoquent des retards et des annulations de cargaisons en pleine saison d’exportation.
Les cours de référence du blé à Chicago ont ainsi progressé de plus de 17% depuis début juillet.
La Tunisie est directement citée parmi les pays concernés. Reuters rapporte que Tunis a averti ses fournisseurs qu’elle n’accepterait pas facilement l’invocation de la « force majeure » pour justifier le non-respect de leurs engagements.
Elle n’est pas un cas isolé. L’agence cite également l’Algérie parmi les grands importateurs dépendants du blé russe et ukrainien. L’Égypte apparaît encore plus exposée : plus de 82% de ses importations de blé provenaient de Russie et d’Ukraine au premier semestre 2026.
Au Maroc comme en Tunisie, de meilleures récoltes permettent toutefois d’amortir, pour l’instant, l’impact des perturbations.
Une bonne récolte, mais toujours besoin d’importer
En juin, la récolte tunisienne 2026 devait dépasser 22 millions de quintaux de céréales.
Cette embellie réduit la vulnérabilité du pays, mais ne signifie pas que la Tunisie peut se passer du marché international, notamment pour le blé.
Dans une prévision publiée en avril, le Département américain de l’Agriculture tablait pour la campagne 2026/2027 sur une production tunisienne de 1,2 million de tonnes de blé, pour une consommation estimée à environ 3 millions de tonnes. Les importations étaient ainsi encore évaluées à 1,85 million de tonnes.
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Le risque vient d’abord des prix
À ce stade, la situation ne laisse pas présager de pénurie en Tunisie. Le risque immédiat réside plutôt dans le renchérissement des achats si les perturbations se prolongent.
Le blé de la mer Noire reste particulièrement compétitif. Reuters situe les cargaisons de la région autour de 260 à 280 dollars la tonne, alors que certaines alternatives australiennes atteignent 315 à 320 dollars.
Plus les difficultés dureront, plus les importateurs devront rechercher d’autres origines et se concurrencer pour les cargaisons disponibles.
La bonne récolte 2026 offre donc à la Tunisie un amortisseur appréciable, mais pas un bouclier. Après plusieurs années où la principale inquiétude venait de la sécheresse et des récoltes nationales, la pression pourrait cette fois venir des routes maritimes qui acheminent le blé jusqu’aux pays importateurs.