Le financement participatif entre officiellement dans le périmètre renforcé de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Tunisie. L’Autorité du marché financier (AMF) a annoncé l’adoption d’un nouveau cadre réglementaire qui intègre cette activité émergente parmi les secteurs soumis aux obligations de vigilance financière.
S’exprimant mercredi 28 janvier 2026 sur les ondes de la radio nationale, le directeur du bureau de la communication et de la formation financière à l’AMF, Mehdi Ben Mustapha, a précisé que le nouveau règlement publié par l’instance met fin aux dispositions précédentes afin d’aligner le dispositif tunisien sur les évolutions nationales, internationales et les exigences du Groupe d’action financière pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Selon lui, l’une des principales nouveautés réside dans l’élargissement de la liste des activités concernées par les mesures de prévention, avec l’intégration explicite du financement participatif ou le crowdfunding. Un choix qui reflète la montée en puissance de ce mode de financement alternatif, mais aussi les risques potentiels qu’il peut comporter en matière de circuits financiers opaques, notamment lorsque les flux ne sont pas suffisamment tracés.
Le nouveau texte apporte également des clarifications conceptuelles majeures, notamment autour des notions de bénéficiaire effectif, de gel des avoirs, de personnes morales et d’entités juridiques. Il consacre surtout l’adoption d’une approche fondée sur les risques, obligeant les acteurs soumis au contrôle de l’AMF, y compris les plateformes de crowdfunding, à identifier, évaluer et actualiser périodiquement leurs risques.
Une cartographie des risques
Dans ce cadre, les institutions concernées devront élaborer une cartographie des risques, la mettre à jour régulièrement et la déposer auprès de l’Autorité du marché financier. Le dispositif prévoit aussi la désignation d’un point de contact permanent avec la Commission nationale de lutte contre le terrorisme, renforçant ainsi les mécanismes de coordination et de réaction rapide.
Mehdi Ben Mustapha a insisté sur le caractère collectif de cette démarche, soulignant l’interconnexion entre les différentes structures impliquées, dont la Commission nationale de lutte contre le terrorisme, la Commission tunisienne des analyses financières, la Banque centrale de Tunisie, l’AMF et le Registre national des entreprises. Chaque autorité conserve son rôle de supervision, tout en s’inscrivant dans une logique de complémentarité.
À travers ce nouveau cadre, le financement participatif change clairement de statut. D’activité innovante encore peu encadrée, il devient un secteur pleinement intégré à l’architecture nationale de conformité financière, dans un contexte où la crédibilité du système tunisien face aux standards internationaux reste un enjeu stratégique.
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