Le contrôle du marché de l’eau minérale prend une tournure judiciaire à l’Ariana. À Mnihla, un distributeur a été placé en garde à vue sur ordre du parquet, après la saisie de 20.112 bouteilles d’eau minérale qui, selon les autorités, étaient stockées et ne faisaient pas l’objet d’une distribution normale aux commerces. Une seconde opération menée dans le gouvernorat a permis de saisir 3024 litres chez un autre distributeur pour hausse illégale des prix.
À Mnihla, le contrôle débouche sur une procédure judiciaire
L’opération a été menée jeudi par les services du contrôle économique de la direction régionale du Commerce d’Ariana, en coordination avec plusieurs unités sécuritaires de Mnihla et d’Ennasr. Elle faisait suite à des plaintes faisant état du refus du distributeur de vendre de l’eau à un commerçant de détail, alors que celui-ci avait justifié de la légalité de son activité.
Selon le directeur régional du Commerce de l’Ariana, Sami Bejaoui, les contrôleurs ont découvert d’importantes quantités d’eau minérale entreposées dans le dépôt. Au total, 20.112 bouteilles de différents formats et marques ont été saisies. Un procès-verbal a été dressé contre le propriétaire du dépôt pour des faits qualifiés par les autorités de monopole et de spéculation. Le parquet de l’Ariana a ensuite ordonné son placement en garde à vue.
Cette étape marque une différence avec les simples opérations administratives de contrôle et de saisie menées ces dernières semaines : dans ce dossier, le parquet a été saisi et une mesure judiciaire a été prise. Les qualifications retenues restent toutefois celles avancées par les autorités, la procédure étant toujours en cours.
Les bouteilles saisies réinjectées dans le circuit
L’objectif annoncé n’est pas de laisser les quantités saisies immobilisées. Les 20.112 bouteilles ont été confiées à un autre distributeur de la région afin d’être remises dans les circuits de distribution réglementés.
Les autorités prévoient ainsi de réinjecter le stock dans les quartiers populaires confrontés à des difficultés d’approvisionnement. La valeur correspondant à la marchandise doit, elle, être reversée au Trésor public tunisien.
Ce mécanisme s’inscrit dans la stratégie mise en œuvre au niveau national : les quantités retirées du circuit irrégulier sont réorientées vers les circuits légaux afin de répondre directement aux zones où les pénuries sont les plus importantes.
Une deuxième saisie, mais pour une autre infraction
La même journée, une autre opération a été menée dans le gouvernorat de de l’Ariana auprès d’un second distributeur. Les services du contrôle économique y ont saisi 3024 litres d’eau minérale.
Cette fois, il ne s’agit pas d’un dossier de rétention ou de refus de vente. Les contrôleurs ont relevé une hausse illégale du prix : le pack de six bouteilles était vendu 6 dinars, alors que le tarif réglementé était fixé à 4,8 dinars. Un procès-verbal pour majoration illégale des prix a été établi à l’encontre du distributeur.
Plus de 550 infractions relevées en août
L’affaire intervient alors que les autorités ont intensifié les contrôles sur le marché de l’eau minérale. Selon le directeur des recherches économiques au ministère du Commerce, Samir Khalfaoui, plus de 550 infractions ont été relevées dans ce secteur au cours du mois d’août, tandis que plus de 470.000 litres d’eau ont été saisis puis réorientés vers les circuits légaux.
La majorité des infractions concernent, selon le responsable, des hausses illégales des prix et des pratiques monopolistiques. Les autorités expliquent cette intensification des contrôles par la forte augmentation de la demande, dans un contexte marqué par les fortes chaleurs et les perturbations qui ont affecté l’approvisionnement.
Le ministère estime par ailleurs que les unités de production d’eau conditionnée fonctionnent désormais à un rythme normal et disposent de capacités suffisantes pour répondre aux besoins. La pression sur le marché reste néanmoins forte, notamment en raison de l’envolée de la consommation pendant la période de chaleur.
À l’Ariana, l’affaire de Mnihla illustre ainsi le durcissement du dispositif : au-delà de la saisie des stocks et des procès-verbaux administratifs, certaines opérations débouchent désormais sur une intervention du parquet et des mesures judiciaires lorsque les autorités estiment que les faits peuvent relever de la spéculation ou de la monopolisation.
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