Alors que les négociations avec l’Iran restent fragiles, Donald Trump a introduit un nouvel élément dans le jeu diplomatique : la normalisation des relations entre plusieurs pays musulmans et Israël, dans le cadre des Accords d’Abraham.
Le président américain a demandé à l’Arabie saoudite, au Qatar, au Pakistan, à la Turquie et à l’Égypte de rejoindre ce processus, au moment même où Washington tente d’obtenir un accord avec Téhéran sur la fin des hostilités et la réouverture du détroit d’Ormuz. La Jordanie, qui entretient des relations diplomatiques avec Israël depuis 1994, a également été citée dans cet appel.
L’initiative surprend, car le dossier iranien reste déjà complexe. Téhéran reconnaît des progrès, mais refuse de parler d’accord imminent. Les discussions butent encore sur plusieurs points sensibles, notamment l’uranium enrichi, les garanties de sécurité et le rôle des médiateurs régionaux.
Une victoire diplomatique à élargir
Pour Trump, l’objectif semble clair : transformer un accord fragile avec l’Iran en victoire régionale plus vaste. En associant les Accords d’Abraham à la négociation, il pourrait présenter un éventuel compromis non comme une concession faite à Téhéran, mais comme une avancée favorable à Israël et à l’ordre régional voulu par Washington.
Cette lecture est d’autant plus plausible que tout accord avec l’Iran risque d’être contesté par les partisans d’une ligne dure, aux États-Unis comme en Israël. En y ajoutant la normalisation avec Israël, Trump cherche aussi à donner une légitimité politique plus forte à sa démarche.
Une demande difficile à accepter
Mais cette condition intervient dans un contexte particulièrement défavorable. La guerre à Gaza rend toute normalisation avec Israël politiquement explosive dans plusieurs pays musulmans. L’Arabie saoudite maintient d’ailleurs sa position traditionnelle : pas de normalisation complète sans perspective crédible pour les Palestiniens.
Le Pakistan a déjà rejeté cette approche, estimant que les Accords d’Abraham et les négociations avec l’Iran ne devaient pas être liés. Les autres capitales concernées n’ont pas encore réagi publiquement, ce qui reflète déjà la sensibilité politique de la demande américaine.
Une porte de sortie en cas d’échec ?
L’ajout de la normalisation peut aussi servir un autre objectif. Si l’Iran refuse de céder sur l’uranium, ou si les pays arabes refusent de rejoindre les Accords d’Abraham, Washington pourra plus facilement attribuer l’échec aux autres acteurs.
Trump se donne ainsi une marge politique : soit il obtient un accord et le présente comme un tournant historique, soit il peut affirmer que l’échec vient du refus iranien ou arabe d’accepter une paix régionale plus large.
En voulant transformer une négociation déjà fragile en grand arrangement régional, Donald Trump tente donc un coup diplomatique audacieux. Mais ce pari pourrait aussi alourdir les discussions et rendre l’accord avec l’Iran encore plus difficile à conclure.
Ce que cela change pour le Maghreb
Pour le Maghreb, cette séquence a une résonance particulière. Le Maroc, qui a rejoint les Accords d’Abraham en 2020, se retrouve dans une position singulière : déjà engagé dans la normalisation avec Israël, alors que la guerre à Gaza a ravivé, dans la région, le rejet populaire de ce processus.
Pour la Tunisie, dont la position officielle reste fortement attachée à la cause palestinienne, toute pression vers une normalisation, même indirecte, est inacceptable.
Ce que Trump présente comme un « grand deal » régional peut ainsi être perçu, dans une grande partie du monde arabe, Maghreb inclus, comme une tentative de consolider une architecture régionale favorable à Israël avant même qu’une solution palestinienne crédible ne soit à l’horizon.
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