Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, effectuera le 20 juillet une visite officielle à Alger, confirmée par la Moncloa, afin de tourner la page de la crise diplomatique ouverte en 2022 après son soutien au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. Au-delà du réchauffement des relations entre Madrid et Alger, cette visite illustre une évolution plus profonde : en Méditerranée occidentale, les intérêts énergétiques, commerciaux et sécuritaires prennent progressivement le pas sur les différends politiques. Une dynamique qui intéresse directement la Tunisie, confrontée depuis plusieurs années à la délicate gestion de ses relations avec l’Algérie et le Maroc.
Pourquoi cette visite intéresse directement la Tunisie ?
À première vue, le déplacement de Pedro Sánchez relève de la politique étrangère espagnole. Pourtant, il éclaire les défis auxquels la diplomatie tunisienne est confrontée depuis plusieurs années.
La Tunisie continue d’affirmer une position de neutralité sur le Sahara occidental et son attachement à une solution conforme aux résolutions des Nations unies. Cette posture a toutefois été fragilisée en août 2022, lorsque l’accueil du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, lors de la TICAD organisée à Tunis avait provoqué une grave crise diplomatique avec le Maroc, qui avait rappelé son ambassadeur.
Une tentative de rapprochement avait été observée en août 2024, avec une rencontre à Marseille entre le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch et le ministre tunisien des Affaires étrangères Nabil Ammar. Les échanges avaient témoigné d’une volonté de renouer le dialogue, sans pour autant effacer les divergences autour du Sahara occidental.
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Parallèlement, la coopération stratégique entre la Tunisie et l’Algérie s’est renforcée, notamment dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et de la coordination politique. En avril 2025, Webdo rapportait également, sur la base d’informations publiées par plusieurs médias marocains, que des pressions auraient été exercées par Alger afin que Tunis accueille des membres ou des activités liés au Front Polisario. Ces informations n’ont toutefois jamais été confirmées officiellement par Tunis ou Alger. À la même période, certains responsables politiques américains évoquaient un possible classement du Front Polisario comme organisation terroriste, un scénario qui, s’il venait à se concrétiser, pourrait avoir des conséquences diplomatiques pour les États concernés.
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Dans ce contexte, le rapprochement entre Madrid et Alger constitue un précédent que Tunis observera avec attention.
Comment Madrid et Alger ont-ils tourné la page de la crise ?
La crise entre l’Espagne et l’Algérie remonte à mars 2022, lorsque Pedro Sánchez avait apporté son soutien au plan d’autonomie défendu par le Maroc pour le Sahara occidental, sous l’impulsion du roi Mohammed VI, et qualifié par Madrid de solution « la plus sérieuse, réaliste et crédible ».
L’Algérie, principal soutien du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur avant de suspendre, le 8 juin 2022, le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé vingt ans plus tôt. Les échanges commerciaux avaient été fortement perturbés par des restrictions bancaires, tandis que les livraisons de gaz vers l’Espagne étaient maintenues.
Le dégel s’est amorcé fin 2023 avec le retour d’un ambassadeur algérien à Madrid. En mars 2026, la visite du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares à Alger a permis de réactiver officiellement le traité d’amitié. Le président Abdelmadjid Tebboune avait alors évoqué un rapprochement guidé « par la raison et par le cœur ».
Pour Alger, cette normalisation ne traduit toutefois aucun changement de position sur le Sahara occidental. Elle reflète plutôt une volonté de dissocier ce différend de la coopération économique et énergétique avec l’Espagne.
La visite de Pedro Sánchez du 20 juillet doit symboliser la normalisation des relations entre les deux pays.
L’énergie est-elle devenue la priorité ?
Le calendrier du déplacement montre que les considérations économiques occupent désormais une place centrale.
Pedro Sánchez sera accompagné de la troisième vice-présidente du gouvernement espagnol et ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, signe que les questions énergétiques seront au cœur des discussions.
L’Algérie est redevenue le premier fournisseur de gaz de l’Espagne, devant les États-Unis et la Russie. Les échanges commerciaux entre les deux pays avoisinent désormais 8,5 milliards d’euros, après avoir fortement reculé au plus fort de la crise diplomatique.
Pour Madrid comme pour Alger, l’énergie apparaît aujourd’hui comme le principal moteur du rapprochement, illustrant une approche plus pragmatique des relations internationales.
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Le Sahara occidental reste pourtant au cœur des divergences
Cette normalisation ne signifie pas que les positions des deux pays se sont rapprochées sur le Sahara occidental.
Madrid continue de considérer le plan marocain d’autonomie comme la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » d’un règlement du conflit, tandis que l’Algérie maintient son soutien au Front Polisario.
En parallèle, le Parlement espagnol examine une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés avant le 11 août 1977, lorsque le territoire était encore administré par l’Espagne. Si elle était adoptée, cette mesure constituerait davantage un geste politique intérieur qu’un changement de doctrine diplomatique.
Autrement dit, l’Espagne cherche aujourd’hui à préserver simultanément son partenariat stratégique avec Rabat et sa coopération retrouvée avec Alger.
Un précédent diplomatique pour le Maghreb ?
La visite de Pedro Sánchez ne modifiera pas les rapports de force entre l’Algérie et le Maroc, dont les relations diplomatiques restent rompues depuis 2021.
Elle montre toutefois qu’un État peut chercher à maintenir des relations de travail avec Alger sans renoncer à son partenariat avec Rabat. Cette logique de pragmatisme répond aux nouveaux impératifs de sécurité énergétique, de coopération économique et de stabilité régionale qui s’imposent désormais à l’ensemble du bassin méditerranéen.
Pour la Tunisie, la situation demeure plus délicate. Sa proximité stratégique avec l’Algérie, la dégradation de ses relations avec le Maroc et la sensibilité du dossier du Sahara occidental réduisent sa marge de manœuvre diplomatique.
La visite de Pedro Sánchez montre néanmoins qu’un désaccord politique majeur n’empêche pas nécessairement la reprise du dialogue et des échanges. Sans être directement transposable au contexte tunisien, le cas espagnol rappelle qu’il est possible de renouer des relations pragmatiques sans renoncer à ses positions de principe. Pour la Tunisie, l’enjeu sera surtout de préserver ses intérêts stratégiques avec l’Algérie tout en évitant que la crise avec le Maroc ne s’installe durablement.
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