La Tunisie n’a plus le luxe d’hésiter. Après l’élimination amère en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations au Maroc et la séparation actée avec Sami Trabelsi et tout son staff, la Fédération tunisienne de football semble enfin avoir tranché : l’avenir immédiat de la sélection passera par un entraîneur tunisien.
Ce n’est plus une rumeur de couloirs, mais une orientation assumée. À l’issue de la réunion tenue au ministère de la Jeunesse et des Sports, en présence du ministre Sadok Mourali et des principaux responsables fédéraux, le message a été clair. Khemaies Hamzaoui, membre du bureau fédéral et chargé de la sélection A, l’a dit sans détour : aucun appel à candidatures ne sera lancé. Une commission technique proposera une short-list d’entraîneurs tunisiens, et le bureau fédéral tranchera.
Sur le papier, l’idée a du sens. Dans un pays où l’on a souvent confondu prestige du CV étranger et projet sportif, le recentrage sur la compétence locale ressemble à une forme de retour à la raison. La Tunisie ne manque ni de techniciens expérimentés ni de connaisseurs du football national. La liste des présents à la réunion – Faouzi Benzarti, Mohamed Mkacher, Amine Kammoun, Walid Hichri, Riadh Bouazizi, Ali Kaabi, Tarek Salem – en est une illustration.
Et même si plusieurs noms ont circulé sur les réseaux sociaux, dans les coulisses, un nom revient avec insistance : Mouine Chaâbani, dont le profil coche plusieurs cases, entre modernité, rigueur et culture de la gagne.
Mais ce choix n’est pas seulement technique. Il est politique, institutionnel et presque culturel. La FTF, ébranlée par une CAN ratée et une élimination face au Mali aux tirs au but, joue aussi sa crédibilité. La Tunisie a terminé deuxième d’un groupe pourtant à sa portée, battue par le Nigeria, accrochée par la Tanzanie, avant de sortir trop tôt. Ce n’est pas un accident isolé, c’est un symptôme.
Or, le temps ne joue pas en faveur de l’improvisation. Le Mondial 2026 est déjà là, avec un groupe F aussi relevé qu’impitoyable : Pays-Bas, Japon et un adversaire européen issu d’un barrage entre l’Ukraine, la Suède, la Pologne et l’Albanie. Autrement dit, la Tunisie n’aura droit ni à l’erreur de casting ni à une période d’apprentissage prolongée.
Choisir un entraîneur tunisien, oui. Mais pas comme un repli. Pas comme un choix par défaut. Ce doit être un choix de projet, de vision et de caractère. La création annoncée d’une commission technique est une bonne chose — à condition qu’elle ne serve pas d’alibi bureaucratique et que le critère décisif reste la compétence, et non les équilibres internes.
La sélection n’a pas seulement besoin d’un entraîneur. Elle a besoin d’un chef d’orchestre, d’un bâtisseur et d’un homme capable de trancher dans le vif. Quelqu’un qui connaisse le vestiaire tunisien, ses forces, ses fragilités, et surtout ses non-dits.
Après des années d’errance entre paris exotiques et solutions transitoires, la Tunisie est peut-être en train de comprendre une chose simple : on ne construit pas une équipe nationale solide sans assumer ses propres choix. Le virage “tunisien” peut être une opportunité historique. À condition qu’il ne soit pas, une fois de plus, un simple réflexe de circonstance.
Le compte à rebours vers 2026 a commencé. Cette fois, la FTF n’a plus droit à l’erreur.
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