Cette image n’est pas ancienne. Elle n’a pas été exhumée des archives d’un football amateur des années 1980. Elle a été prise hier, en Ligue 1 tunisienne, lors d’un match officiel entre l’Avenir Sportif de La Marsa et le Club Africain. Un terrain pelé, crevassé, indigne de la compétition qu’il accueille. Une pelouse absente par endroits, remplacée par de la terre battue. Et pourtant, le match a eu lieu.
Cette photo est une humiliation publique. Elle expose sans filtre l’état réel des infrastructures sportives tunisiennes et, au-delà, le désintérêt persistant des décideurs pour le sport comme levier stratégique, économique et diplomatique.
À l’heure où les nations investissent massivement dans la géopolitique du sport, la Tunisie diffuse au monde l’image d’un championnat joué sur des terrains délabrés. Pendant que le football devient un outil d’influence, d’attractivité et de soft power en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe, nos clubs évoluent sur des surfaces qui mettent en danger les joueurs, dévalorisent le spectacle et décrédibilisent toute ambition continentale.
Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas une fatalité climatique. C’est le résultat d’années de gestion approximative, d’absence de vision et de responsabilités diluées entre ministères, municipalités, fédérations et ligues. Chacun se renvoie la balle, pendant que le football tunisien s’enfonce dans l’improvisation permanente.
Une politique publique du sport inexistante
Comment parler de professionnalisation quand les infrastructures de base ne répondent pas aux normes minimales ? Comment attirer des sponsors, développer les droits TV, former des jeunes talents ou prétendre à une visibilité africaine, lorsque l’image diffusée est celle d’un football de survie ?
Cette photo n’accuse pas uniquement l’état d’un terrain. Elle met en cause une politique publique du sport inexistante, incapable d’anticiper, d’investir et de penser le sport comme un secteur stratégique. Elle pose une question simple et brutale : qui assume la responsabilité de cette déchéance visible ?
Le sport n’est plus un simple loisir. Il est un champ de concurrence internationale, un espace de rayonnement et un moteur économique. En continuant à le traiter comme une charge secondaire, la Tunisie accepte de se marginaliser davantage.
Cette image restera. Elle circulera. Elle symbolisera un choix politique implicite : celui de l’abandon. Et tant qu’aucune décision structurelle n’est prise, d’autres photos suivront. Toujours plus embarrassantes. Toujours plus révélatrices.