En visitant les ksours dans le sud-est du pays, j’ai toujours cherché à retrouver les mosquées subreptices qui se cachaient dans ces nids d’aigle.
Car si lorsqu’ils se trouvent dans un village, le ksar ou la kalaa sont flanqués d’une mosquée à la blancheur immaculée qui jaillit dans l’ocre, ceux qui sont perchés sur les hauteurs ne peuvent que celer ne serait-ce qu’un oratoire.
Nid d’aigle à la blancheur immaculée
Cette hypothèse, j’ai pu la vérifier à plusieurs reprises, en découvrant d’incroyables « moussala » dans les arcanes des greniers fortifiés des siècles antérieurs.
J’ai ressenti cette révélation à Ksar Jouamaa, non loin de Beni Khedache, lorsque les hasards du chemin m’avaient mené à passer la nuit dans cet édifice alors totalement délaissé.
Au petit matin, dans ce paysage lunaire, j’ai retrouvé creusé dans le roc, la trace d’un mihrab qui ne pouvait qu’indiquer la présence d’une mosquée.
Des traces parfois imperceptibles
Dès lors, comment ne pas communier avec ce dépouillement virginal, cette foi qui par la puissance suggestive d’une cavité indiquait la « kibla » ?
La même vision, bien des années plus tard, m’a saisi à Ksar Hallouf, non loin de Chenini, lorsque je me suis retrouvé devant la même trace. Presque rupestre, dans une paroi où affleuraient des sédiments immémoriaux, la niche d’un mihrab, au cœur d’une mosquée minuscule.
C’était une simple galerie, si étroite que deux personnes tenaient à peine dans sa largeur. Comme un couloir qui avançait dans les entrailles de la montagne, une grotte hors du temps, pour s’élever dans la prière. Comme un contrepoint chaulé, dont la vive blancheur suggérait la sacralité.
Un dépouillement virginal
Ces mosquées des ksours sont depuis lors, l’un de mes horizons qui se confond avec les grottes d’anachorétes. Ce n’est pas autrement que j’imagine les retraites mystiques de Sidi Belhassen et Sidi Bou Said, en leurs collines.
Sur ces monts pelés de la Dorsale tunisienne, les élans intérieurs, l’immersion dans le sacré, les quêtes intimes sont aussi une recherche d’absolus minéraux.
Ces mosquées des confins me le chuchotent et me le psalmodient. Comme la voix d’un orant incrusté dans une pierre ocre mais translucide. Comme ces « mihrab », boussoles pétrifiées, symboles s’il en est de l’Orient magnétique.