Le Chantilly de nos jeunes années se trouve toujours à la rue d’Alger.
Les rideaux baissés cachent une multitude de souvenirs qui justement ont eu pour théâtre ce café et la librairie juste en face. Lycéens, nous venions souvent nous asseoir sur les hauts tabourets du Chantilly, devant des tables en formica, en cohabitation avec ceux, plus nombreux, qui venaient pour l’apéritif. Je me souviens des gâteaux secs qui remplissaient plusieurs tiroirs et de la kemia composée d’olives, de fenouil et de kaki que les garçons nous refilaient avec notre café crème.
Faisant mine de réviser nos cours, nous parlions littérature et aussi politique avec les étudiants des facultés qui se trouvaient à proximité. Nous étions une bande d’ados, filles et garçons, plutôt intellos et flower power. Nos cafés de prédilection se nommaient Chez les Nègres, Le Carthago, le Concorde et rarement, il nous arrivait de fréquenter le Tunis Club et le Café de Paris.
Alors que je quitte mon ami, j’ai l’esprit plein de kakis de toutes les formes : bâtonnets, bracelets et aussi tressés de manière comparable au pain azyme. Souvent, il m’arrive de m’arrêter à la boulangerie Memmi pour acheter des kakis en pièces qu’on dirait extraites d’un jeu d’osselets. Dans ce cas, cela signifie que je vais atterrir au bistrot du coin où je partagerai mes précieux kakis avec l’un de mes amis.
J’attends aussi d’être à Djerba pour goûter aux incomparables kakis de Youna que je ramène à Tunis par dizaines de sachets. Je suis sûr que nous sommes nombreux à ressentir cette nostalgie des kakis : elle nous vient autant de nos enfances que de la permanence de ces croustillantes madeleines. Sans compter avec l’image iconique de ceux qui les revendaient dans les rues à tous les titis de Tunis.
Qu’ils soient en forme d’anneaux ou de bâtonnets, de dés ou plus rarement de galettes, ces kakis sont un incontournable, aussi bien pour les enfants que les adultes.
Le marchand de kakis avec sa corbeille qu’il trimbale devant les écoles tombe sous le sens. C’est l’un des personnages qui, de tous temps, hante les villes tunisiennes. Et, de nos jours encore, les marchands de kakis sont au coin de chaque rue.
Dans les quartiers de Tunis, quelques fours continuent à cuire les kakis dans de grands plateaux noirs. Et certaines enseignes sont les spécialistes incontestés du kaki, à l’image de la boulangerie Jeannot Memmi, dont on dit que ses kakis sont les meilleurs de Tunis. D’ailleurs, on vient de loin pour les acheter au kilo, juste dorés à point et croustillants à souhait.
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