Journée à Sousse. Le ciel est aujourd’hui limpide et la clarté d’une grande douceur. Je marche dans la ville et me réjouis de la présence de la mer qui donne à la promenade de Boujaafar sa beauté heureuse.
Parmi mes repères à Sousse, les anciennes salles de cinéma figurent en bonne place même si, comme à Tunis et ailleurs, elles ont subi une triste hécatombe. Je retrouve certaines d’entre elles entre Boujaafar, les remparts à l’orient de la médina où se détache la silhouette de l’ABC et aussi non loin de la gare ou subsistent les vestiges d’une autre salle qui a connu la liesse des pellicules.
Sur la grande avenue, je scrute le Claridge, un hôtel qui me rappelle celui de Tunis et d’autres souvenirs. Je retrouve également les deux pâtisseries de la famille Chérif dont les glaces ont une notoriété nationale. Je reconstitue mentalement cette avenue telle que l’avais connue à la fin des années soixante, avec ses grands hôtels, ses bistrots, ses cinémas et son théâtre, la librairie Kacem aussi qui fut le repère des intellectuels.
Un peu plus loin, la vitrine de la librairie Abdelgheni est intacte, quasiment inchangée, à l’image des boutiques exigües et discrètes des buralistes, là où les habitués achètent tabac et journaux. Je fais quelques pas, jusqu’à l’échoppe de Pascal qui se trouve dans les environs. Les familles juives de Sousse sont désormais peu nombreuses et se comptent sur les doigts d’une main. Deux synagogues et un cimetière témoignent de cette présence dont un peu du goût se trouve dans les gâteaux ancestraux de Pascal. Demeure aussi l’ombre de Gisèle Halimi, enfant du pays dont une rue porte le nom à l’initiative du Conseil municipal.
Je continue à dessiner des cercles dans les rues de la ville, en quête de réminiscences et de nouveaux hasards. Subitement, j’ai une envie qui surgit de nulle part : goûter au pain de la boulangerie Tourabi dont je ne sais rien. Où pouvait se trouver ce boulanger dont on dit de son pain qu’il avait la meilleure saveur à Sousse ? Je n’ose pas poser la question à un passant même si instinctivement, je sais déjà que les plus âgés auront la réponse. Un peu plus loin, je cherche les traces du débit de boissons et de glace alimentaire dont on dit qu’il a gardé le nom de son gérant maltais.
Au petit bonheur la chance, je me retrouve une nouvelle fois dans la médina dont les souks ne sont pour le moment traversés que par de rares passants. C’est le marché qui m’a attiré dans ces parages où de nombreux marchands de rues vendent des légumes frais, du pain chaud, le menu fretin de la marée et parfois des bouquets de feuilles de menthe ou bien des escargots des bois.
À Bab Bhar, c’est la cohue habituelle. Ce nœud du transport urbain accueille des milliers de voyageurs dans une noria de véhicules qui ne cesse que la nuit lorsque le centre de gravité de la ville se déplace vers le boulevard qui la relie à El Kantaoui.
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