Si les grenades jubilent sur les étals, les coings sont plus discrets mais tout aussi bienvenus. Ces deux fruits d’automne me souviennent de ma mère qui les fêtait dès leur apparition sur nos tables. Je ne vous apprendrai rien en évoquant les grenades à la fleur d’oranger ou le couscous mesfouf parsemé de grenades.
Peut-être éveillerais-je votre mémoire du khchaf en ravivant le goût de cette compote de coings aux textures rouge bordeaux ? Ou encore en rappelant ce geste ancestral qui consiste à laisser ramollir des quartiers de coings dans un halleb plein d’eau. Décidément, les marchés en automne sont des muses qui, entre couleurs et fraîcheur, veillent à la poésie : oponces, dattes, olives et primeurs d’agrumes font vibrer la saison.
L’antique ronde des raisins
Les raisins ont longtemps eu leur procession annuelle à la Marsa. Jusqu’aux années soixante, durant les vendanges du vignoble marsois, une manière de carnaval traversait ce qui n’était qu’un village tourné vers la mer et l’agriculture. On nommait cette procession Helqet el Anneb, autrement dit la Ronde des raisins.
Ce qui me fascine dans cette tradition, c’est son rapport aux thiases antiques et autres processions dyonisaques, ce fil invisible qui nous lie à un passé immémorial. S’agit-il d’une transmission subreptice qui, à travers les siècles, aurait perduré ?
Ces rites qui nous renvoient à un paganisme latent sont relativement nombreux et s’expriment de diverses façons comme la présence d’un bétyle au seuil d’une zaouia, les réminiscences que font surgir les processions d’Aoussou ou encore certains gestes domestiques qui semblent destinés aux dieux lares.
Lire aussi :