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Avant les scrutins de 2019, la disparition programmée de Nidaa Tounes

par Hatem Bourial
jeudi 10 janvier 2019 11:48
dans Chroniques
Avant les scrutins de 2019, la disparition programmée de Nidaa Tounes


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Au temps de l’islamisme conquérant, alors que la Troika s’installait au pouvoir avec un projet idéologique non exprimé, c’est la fondation de Nidaa Tounes qui allait perturber les plans d’Ennahdha.

Se posant en champion du camp opposé et fédérant plusieurs courants, Béji Caid Essebsi a dessiné une alternative à Ennahdha et constitué un front électoral, une machine capable de battre les islamistes et les déloger du pouvoir.

A ce jour, depuis 2011, BCE reste le seul homme politique tunisien à avoir fait à la fois preuve de courage, de lucidité et d’un dessein pour la Tunisie. Ce n’est pas le cas de beaucoup d’autres qui préfèrent végéter dans l’attente d’un hypothétique maroquin ou se transformer en supplétifs des basses besognes islamistes.

Seulement, la montée en puissance de Nidaa Tounes allait déplacer une nouvelle fois le centre de gravité de la révolution tunisienne.

En effet, ce parti des opposants à l’islam politique allait par le jeu des polarisations, enfermer le débat national dans les questions identitaires. Cette discussion déjà entamée au sein de la Constituante, allait devenir le nouvel axe de structuration de l’ensemble du paysage politique.

Ni droite ni gauche, ni socialisme ni libéralisme: tout tournait autour de l’identitaire quitte à en oublier l’économie qui continuait à couler.

Ce nouveau déplacement du centre de gravité de la révolution était devenu nécessaire face aux assauts terroristes, aux assassinats politiques et à l’intrusion de Daech dans notre vie politique.

En 2014, le peuple tunisien votera d’abord contre l’Islam politique et sanctionnera le projet nahdhaoui. Au fond, le reste importait peu et, en termes de stratégie, Nidaa Tounes avait fait l’essentiel.

Ensuite, les secousses par lesquelles passera ce parti n’avaient rien à voir avec des crises de croissance. Ce front électoral avait mené à bien sa mission et, au fond, sa disparition reste programmée.

D’ailleurs, le vote utile pour les opposants à Ennahdha demeurera un passage obligé tant que la loi eléctorale ne sera pas ajustée. De même, le regroupement au sein d’un front opposé à Ennahdha restera à l’ordre du jour pour les prochains scrutins. Reste à savoir quelle forme il prendra à l’avenir.

Echaudés, montrés du doigt, les islamistes sortiront les griffes mais devront se plier aux injonctions du Dialogue national qui désamorcera la crise et, en 2014, ouvrira la voie aux premières élections libres dans l’histoire de la République tunisienne.

Depuis, la realpolitik et les calcul de tous ordres ont donné le jour à un consensus immobile qui a complètement bloqué la Tunisie. BCE aura bien tenté de contourner cette chape de plomb mais, à chaque fois, les défections et les retournements de veste contrarieront ses plans.

Ennahdha reste-t-il le maître du jeu ? Oui et non. Oui car le poids électoral de ce parti plaide pour sa présence. Non car, malgré les apparences, le retour du pendule est en cours. C’est la puissante UGTT qui est en train de siffler la fin de la récréation.

Paradoxalement, la Centrale syndicale est en train d’imposer un agenda économique au gouvernement. Invité à clarifier ses choix économiques, le gouvernement est confronté à ses manquements et son impuissance.

Ce qui importe ici, c’est que le syndicalisme tunisien est en train de nous sortir de l’impasse où nous ont menées les confrontations au nom de l’identitaire.

Demain, les discours sur la religion ne devraient plus être au cœur des démarches partisanes. C’est l’économie, clé de la modernisation, qui importera le plus et définira les lignes de rupture.
Ceci est d’autant plus important que ce qui reste de Nidaa Tounes et ce qui s’en réclame encore se caractérise par son discours d’essence libérale, proche de celui d’Ennahdha.

Ainsi, le consensus en construction à l’heure actuelle se fait à l’aune de choix libéraux qui sont désormais clairement contestés par les lignes rouges de l’UGTT.

Symptomatiquement, ce n’est plus le religieux qui entraîne le traçage de lignes rouges par le parti islamiste mais les choix libéraux de l’attelage au pouvoir qui sont délimités en rouge par le puissant syndicat.

En soi, cela révèle que l’économie est de retour dans le débat et que les contradictions profondes qui ont fait perdre le pouvoir à Ben Ali sont de nouveau à l’ordre du jour.

Disons-le tout de go, ces lignes de force vont structurer les prochains scrutins de 2019 et nous irons voter pour une économie plus ou moins sociale plutôt que pour plus ou moins d’Islam.

A priori, c’est le parti Ennahdha qui a le plus à perdre dans ces nouvelles configurations. Mais les onze mois qui nous séparent des élections porteront nécessairement leur lot de surprises.

Tags: guerre

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