La signature officielle du jumelage entre Kairouan et la ville chinoise de Shaoxing dépasse le simple registre culturel. Derrière cette coopération entre deux cités historiques se dessine aussi un possible axe économique entre le centre tunisien et l’un des plus puissants pôles industriels du Zhejiang.
L’accord, officialisé cette semaine lors du 6e Forum international des villes jumelées, selon la TAP, concrétise des discussions amorcées dès septembre 2025. À cette date, une délégation chinoise s’était rendue à Kairouan, où elle avait notamment visité la zone industrielle de la ville.
Shaoxing, un géant textile du Zhejiang
Si Shaoxing revendique plus de 2500 ans d’histoire, elle est aussi l’un des grands centres industriels de l’est de la Chine. Située dans la province du Zhejiang, l’une des régions les plus dynamiques du pays, la ville s’impose comme un acteur majeur du textile chinois.
En 2025, son industrie textile moderne a généré plus de 271 milliards de yuans, soit environ 39 milliards de dollars. Sa force repose sur une chaîne de valeur intégrée, allant de la production du fil au produit fini, en passant par le tissage, la teinture, la finition et la confection.
Cette spécialisation fait écho au profil industriel de Kairouan, où le textile-habillement reste un secteur structurant, principalement tourné vers l’exportation, dans un gouvernorat qui compte 174 entreprises industrielles de 10 employés et plus, dont 28 totalement exportatrices.
Pourquoi Kairouan intéresse-t-elle la Chine ?
Le choix de Kairouan n’est pas seulement symbolique. Dans une Tunisie où les grandes zones industrielles du littoral sont souvent plus sollicitées, le centre du pays offre encore des marges de développement, avec du foncier disponible, des coûts de production compétitifs et une main-d’œuvre déjà familiarisée avec les exigences du secteur textile.
L’intérêt porté par la délégation chinoise aux infrastructures industrielles de la région, notamment autour des zones de Sbikha et Oueslatia, suggère que les ambitions pourraient dépasser le tourisme patrimonial ou les échanges culturels.
À ce stade, aucun investissement concret n’a encore été annoncé. Mais le jumelage peut servir de cadre institutionnel à de futurs contacts économiques, à des coopérations industrielles ou à des échanges de savoir-faire entre opérateurs locaux et partenaires chinois.
Une diplomatie chinoise par les villes
Ce rapprochement s’inscrit aussi dans une stratégie plus large de diplomatie locale menée par Pékin. En multipliant les accords de ville à ville, la Chine construit des réseaux de coopération économiques, culturels et technologiques en parallèle des relations diplomatiques classiques entre États.
Avec Kairouan, Shaoxing ne signe donc pas seulement avec une ville patrimoniale. Elle ouvre aussi une porte vers l’intérieur tunisien, dans une région qui cherche à renforcer son attractivité industrielle et à créer davantage d’emplois.
L’enjeu, désormais, sera de transformer ce jumelage en projets concrets. Car sans investissements, formations, échanges économiques ou partenariats industriels identifiables, l’accord risque de rester un symbole diplomatique de plus. Avec un suivi réel, il pourrait au contraire devenir un levier discret mais utile pour repositionner Kairouan dans les circuits de coopération sino-tunisiens.
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