Dans les files d’attente des supermarchés, au comptoir des épiceries ou encore dans les tickets de caisse, un même constat revient avec insistance : la petite monnaie semble s’effacer progressivement du quotidien des Tunisiens. Les pièces de 10 et 20 millimes se font rares, tandis que celles de 50 millimes disparaissent peu à peu de la circulation réelle.
Des pièces toujours comptabilisées… mais rarement visibles
Sur le plan comptable, la situation ne change pas. Les prix continuent d’être libellés au millime près, les systèmes de caisse enregistrent chaque fraction de dinar, et les banques maintiennent officiellement ces unités dans la circulation monétaire.
Mais dans la pratique, le décalage est de plus en plus visible. Dans de nombreux commerces, les caissiers arrondissent les montants, faute de disposer de suffisamment de pièces pour rendre la monnaie exacte.
Les pièces de faible valeur comme celles de 10 et 20 millimes sont devenues, en effet, difficiles à retrouver dans les transactions quotidiennes, même si elles existent toujours en circulation officielle .
Supermarchés et arrondis : une pratique devenue courante
Face à cette pénurie de petites pièces, certaines grandes surfaces ont adopté des solutions alternatives. L’une des plus visibles consiste à transformer les centimes non rendus en points de fidélité, crédités sur la carte du client.
Une pratique qui soulève une double lecture : d’un côté, elle permet d’éviter les litiges liés aux centimes manquants ; de l’autre, elle pose la question de la valeur réelle de cette micro-monnaie et de sa restitution effective au consommateur.
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Dans les faits, les écarts de 10 à 50 millimes sont souvent “absorbé” dans le flux des transactions quotidiennes, sans réelle contestation de la part des clients.
Un phénomène ancien mais qui s’accélère
La disparition progressive des petites pièces n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, des économistes soulignent que les pièces de très faible valeur ont tendance à ne jamais revenir dans le circuit après leur mise en circulation.
Ce phénomène est d’ailleurs comparable à ce qui a été observé dans d’autres pays, où les coûts de fabrication de certaines pièces deviennent supérieurs à leur valeur faciale, ce qui contribue à leur raréfaction dans l’usage quotidien .
Entre arrondis, habitudes et transformation des paiements
L’essor du paiement électronique et des cartes bancaires accentue également cette tendance. Là où les paiements dématérialisés permettent un calcul exact, les espèces introduisent mécaniquement une marge d’arrondi.
Dans ce contexte, la petite monnaie perd progressivement sa fonction pratique, même si elle conserve un rôle symbolique dans la structure monétaire du pays.
Si aucune décision officielle n’a acté la suppression de ces pièces, leur présence dans les échanges quotidiens semble de plus en plus marginale. Le système s’adapte déjà de facto à leur rareté, sans modification juridique formelle.
Reste une question centrale : la Tunisie est-elle en train de vivre une disparition progressive de la petite monnaie par l’usage, avant même toute réforme officielle ?