Le ministère de l’Agriculture annonce la mise en place d’un dispositif de gestion des risques de corruption dans le secteur de l’eau, dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur l’approvisionnement et la gestion des réseaux hydrauliques. Si le communiqué n’évoque aucune affaire précise, il met en lumière un champ sensible où les dysfonctionnements structurels alimentent régulièrement les soupçons de mauvaise gouvernance.
Un secteur sous tension permanente entre pénurie et dysfonctionnements
Réuni avec les responsables régionaux du développement agricole de Kairouan et de La Manouba, le ministre de l’Agriculture, Ezzedine Ben Cheikh, a insisté sur la nécessité de sécuriser l’approvisionnement en eau potable, notamment à l’approche de l’été 2026.
Le département veut accélérer la maintenance des réseaux hydrauliques et durcir la lutte contre les branchements anarchiques, régulièrement cités comme source de perturbations dans la distribution.
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Mais derrière ce diagnostic technique, c’est bien la question de la gouvernance globale du secteur qui est désormais mise en avant.
Les zones grises de la gestion de l’eau
Sans citer de cas concrets, le ministère évoque implicitement plusieurs risques récurrents de corruption dans la chaîne de gestion de l’eau et des ressources agricoles. Ceux-ci concernent notamment :
- la gestion des réseaux et des interventions techniques, où des priorités peuvent être influencées ou des raccordements irréguliers tolérés en dehors des procédures officielles ;
- les marchés publics hydrauliques, un segment sensible aux surcoûts, aux appels d’offres orientés ou à des attributions peu transparentes ;
- la gestion des ressources humaines, avec des risques de favoritisme dans les recrutements et les affectations au sein des structures régionales ;
- la distribution des subventions et équipements agricoles, où des écarts peuvent apparaître dans l’accès aux aides publiques ;
- la fiabilité des données administratives, essentielle pour le suivi des réseaux, des agriculteurs et des besoins en eau, mais parfois vulnérable aux manipulations.
C’est précisément sur ces points que le nouveau système de gestion des risques de corruption est appelé à intervenir, en renforçant les mécanismes de contrôle et de traçabilité.
Une réponse par la gouvernance et la modernisation des données
Le ministre a insisté sur l’application stricte des règles de bonne gouvernance, notamment dans les ressources humaines, les achats publics et les systèmes de rémunération. L’objectif affiché est de réduire les marges de manœuvre informelles dans un secteur où la pression sociale et territoriale est forte.
Dans le même temps, un volet important concerne l’élevage, avec l’accélération de l’identification du cheptel et la mise à jour des bases de données des éleveurs. Une étape jugée indispensable pour garantir une distribution équitable des aliments subventionnés et améliorer le contrôle sanitaire.
Derrière l’annonce d’un plan anticorruption, c’est donc une tentative de reprise en main administrative et technique d’un secteur clé, où les enjeux de ressources, de financement public et de gestion territoriale se croisent en permanence.
