À La Marsa, un dossier longtemps enlisé connaît un tournant brusque. La municipalité a ordonné l’évacuation immédiate et totale du bâtiment connu sous le nom de « Kobbet al-Hawa », situé sur le domaine public maritime de La Marsa, invoquant un danger imminent d’effondrement.
Dans un arrêté rendu public, la commune évoque un « péril avéré et imminent », s’appuyant à la fois sur un rapport d’expertise judiciaire consécutif à une inspection effectuée le 22 avril 2026, et sur une ordonnance sur requête délivrée le 17 avril par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis.
Aux frais et sous la responsabilité des propriétaires
Le dispositif est sans ambiguïté : l’évacuation doit être exécutée sans délai, aux frais et sous la responsabilité des propriétaires, identifiés comme les héritiers Balrachid, ainsi que toute autre partie concernée.
Sur le plan opérationnel, la mise en œuvre a été confiée au chef de la sûreté nationale de La Marsa, en coordination avec la délégation spéciale chargée de la gestion municipale.
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Au-delà de l’urgence sécuritaire, cette décision réactive un contentieux ancien autour de l’occupation du domaine public maritime dans cette zone prisée du littoral nord de Tunis. Le bâtiment « Qubbat al-Hawa » fait depuis des années l’objet de contestations juridiques et administratives liées à la régularité de son implantation, à son statut foncier et à son exploitation. Plusieurs voix avaient déjà dénoncé une situation floue, mêlant héritage familial, autorisations contestées et tolérance administrative prolongée.
Ce type de litige s’inscrit dans une problématique plus large en Tunisie : la gestion du domaine public maritime, souvent tiraillée entre intérêts privés, pression foncière et impératifs de préservation. À La Marsa, où la valeur du foncier côtier est particulièrement élevée, chaque dossier devient sensible, à la croisée du droit, de l’urbanisme et de l’économie touristique.
Un basculement
L’argument du « péril imminent » marque ici un basculement. Il permet à l’autorité publique d’agir rapidement, en contournant la lenteur habituelle des procédures au fond. Reste à savoir si cette évacuation ouvrira la voie à une démolition, à une régularisation, ou à un nouveau cycle contentieux entre les ayants droit et les autorités.
Dans l’immédiat, la priorité affichée est la sécurité. Mais en toile de fond, c’est bien la question de la gouvernance du littoral qui refait surface.