La hausse de 11% des échanges commerciaux entre la Tunisie et la Libye en 2025 ne dit pas tout. Derrière ce chiffre, mis en avant par le Centre de promotion des exportations à l’occasion de la participation tunisienne à la Foire internationale de Tripoli, se dessine surtout une relation nettement asymétrique. Les échanges bilatéraux ont atteint 2,892 milliards de dinars, dont 2,469 milliards d’exportations tunisiennes — soit près de 85% du volume total. La Libye n’est pas un partenaire au sens classique du terme : c’est avant tout un débouché.
Un marché à sens unique pour les exportateurs tunisiens
Dans cette relation, la Libye apparaît moins comme un partenaire équilibré que comme un marché captif pour plusieurs filières tunisiennes. Les industries mécaniques et électriques dominent avec 37,2% des exportations, suivies des industries diverses (35,5%) et de l’agriculture et des industries agroalimentaires (27,3%). Ciment, pièces industrielles, produits d’hygiène ou encore aliments pour animaux composent l’essentiel des flux.
Ce positionnement traduit une réalité économique simple : la proximité géographique, la complémentarité des besoins et une relative souplesse des échanges font de la Libye un marché accessible, rapide et rentable pour les entreprises tunisiennes, loin des contraintes plus lourdes des marchés européens.
Un poids limité mais un rôle stratégique
À l’échelle du commerce extérieur tunisien, la Libye reste un partenaire de second rang en volume : les exportations vers ce pays représentent moins de 4% du total. Mais cette lecture strictement quantitative masque une autre réalité : la Libye est l’un des rares marchés où la Tunisie conserve un avantage commercial massif et constant, sans avoir à négocier des accords de libre-échange ni à se conformer aux standards techniques des marchés européens ou asiatiques.
La progression observée en 2025 s’inscrit dans une tendance de reprise amorcée ces dernières années, après les perturbations liées à l’instabilité libyenne. Elle confirme le retour progressif d’un espace économique régional longtemps fragilisé, mais toujours structurant pour certaines branches tunisiennes.
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Entre économie officielle et flux informels
La participation tunisienne à la 52e édition de la Foire internationale de Tripoli, sous le label « Made in Tunisia », s’inscrit dans cette logique de consolidation. Neuf entreprises exportatrices y sont présentes, dans un salon réunissant plus de 15 pays et près de 400 exposants. Des accords de coopération ont été signés entre des institutions économiques tunisiennes et libyennes.
Reste une limite importante : les chiffres officiels ne reflètent qu’une partie des flux réels. Dans les zones frontalières, un commerce parallèle persiste — mais il opère en sens inverse : des produits subventionnés côté libyen, carburant en tête, traversent régulièrement la frontière vers la Tunisie sans être comptabilisés. Ce flux vient en réalité corriger, en partie, l’avantage apparent que dégagent les statistiques officielles.
Entre économie structurée et flux parallèles, la relation tuniso-libyenne continue d’évoluer sur deux registres. Pour les exportateurs tunisiens, le signal reste clair : sans être un partenaire dominant, la Libye offre ce que peu de marchés proposent — un accès direct, un excédent commercial garanti, et une marge de manœuvre que les grands partenaires ne permettent plus.