Un diagnostic largement partagé, mais des solutions encore sensibles. C’est en substance le constat dressé par Hafedh Amouri, ancien ministre de l’Emploi et spécialiste de la protection sociale, lors de son intervention sur Express FM.
Selon lui, un consensus s’est désormais dégagé entre experts et députés autour de la gravité de la crise qui touche les principales caisses sociales tunisiennes, notamment la Caisse nationale de sécurité sociale et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale. Cet accord sur le diagnostic a permis, lors d’une récente séance parlementaire consacrée à l’audition d’experts, de réorienter les discussions vers la recherche de solutions concrètes plutôt que de revenir sur les causes.
Un déséquilibre structurel profond
Au cœur du problème, un déséquilibre structurel profond. Les dépenses des caisses sont dominées par le coût des pensions, qui représentent plus de 95 % des charges totales. Dans ces conditions, toute réforme sérieuse passe inévitablement par une refonte du système de retraite. Parmi les pistes évoquées figure la fusion des deux caisses de retraite en une entité unique chargée de la gestion des pensions, dans une logique de rationalisation et d’amélioration de la gouvernance.
Cette éventuelle fusion devrait toutefois s’accompagner d’un rapprochement progressif entre les régimes du secteur public et du secteur privé. Aujourd’hui, des écarts significatifs persistent. Dans le public, les pensions sont calculées sur la base du dernier ou du meilleur salaire, tandis que dans le privé, elles reposent davantage sur des indicateurs comme le salaire minimum garanti. À cela s’ajoute une différence dans les mécanismes de revalorisation : les retraités du public bénéficient indirectement des augmentations accordées aux actifs, contrairement à ceux du privé, dont les pensions évoluent plus lentement.
Lire aussi : Réforme de la sécurité sociale : Pour une refondation complète du système
Pour Hafedh Omouri, la réforme du système de sécurité sociale figure parmi les plus complexes à mener, en raison de ses implications sociales et politiques. L’expérience internationale montre que ce type de transformation suscite souvent des contestations. Il estime que les mesures ponctuelles, comme le relèvement de l’âge de départ à la retraite, ne peuvent suffire à garantir l’équilibre du système. Une approche globale est nécessaire, intégrant à la fois le financement, la gouvernance et les modalités de calcul des pensions.
Diversification des sources de financement
Dans cette optique, il plaide pour une diversification des sources de financement, notamment à travers l’instauration de contributions fiscales sur certains secteurs et produits à fort coût sanitaire ou environnemental, tels que le tabac, les boissons alcoolisées ou les industries polluantes. Il insiste également sur la nécessité d’améliorer le recouvrement des cotisations impayées, pointant l’ampleur de l’évasion sociale. La création d’un fonds spécialisé dans le recouvrement et le renforcement des mécanismes de contrôle figurent parmi les solutions proposées.
Enfin, Hafedh Amouri alerte sur les mutations démographiques en cours. La baisse du taux de natalité et le vieillissement de la population risquent d’accentuer la pression sur les caisses sociales dans les années à venir. Ces évolutions rendent, selon lui, inévitable l’accélération des réformes structurelles afin d’assurer la pérennité du système et de préserver son rôle social.