La guerre au Moyen-Orient fait peser un nouveau risque systémique sur l’économie mondiale, via trois canaux majeurs : l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et les marchés financiers, a averti le Fonds monétaire international (FMI) dans une analyse publiée le 1er avril.
Le diagnostic du FMI est clair : le choc est global mais profondément asymétrique. Les pays importateurs nets d’énergie, notamment en Afrique, au Moyen-Orient hors producteurs du Golfe et en Amérique latine, sont les plus exposés. Les économies à faible revenu, déjà confrontées à des marges budgétaires étroites et à des réserves en devises limitées, risquent d’encaisser un double choc : flambée de la facture énergétique et durcissement des conditions de financement.
L’énergie, premier canal de contagion
Le principal vecteur de transmission reste le marché énergétique. Le blocage de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 25 à 30% du pétrole mondial et 20% du gaz naturel liquéfié, constitue selon le FMI et l’Agence internationale de l’énergie l’une des plus graves perturbations de l’histoire récente du marché pétrolier.
Pour les pays importateurs, la hausse brutale des prix agit comme un impôt soudain sur le revenu national, comprimant la consommation, aggravant les déficits commerciaux et accentuant les tensions sur les monnaies locales.
Agriculture et sécurité alimentaire sous pression
Au-delà du pétrole et du gaz, le conflit bouleverse les flux logistiques mondiaux. La hausse des coûts du fret, des assurances maritimes et les retards de livraison touchent désormais les produits stratégiques, notamment les engrais, dont près d’un tiers transite par Ormuz.
Cette perturbation intervient à un moment critique : la saison des semis dans l’hémisphère Nord. Le risque est donc double : baisse des rendements agricoles et nouvelle flambée des prix alimentaires au cours des prochains mois.
Risque de retour d’une inflation persistante
Le FMI met également en garde contre un retour de pressions inflationnistes durables. La persistance de prix élevés de l’énergie et de l’alimentation pourrait raviver les anticipations d’inflation, au moment même où plusieurs banques centrales pensaient avoir repris le contrôle.
À terme, le renchérissement du transport, des matières premières et des intrants industriels risque de se diffuser à l’ensemble des biens manufacturés et des services, alimentant un scénario de croissance ralentie avec inflation élevée.
Dans ce contexte, les banques centrales pourraient être contraintes de maintenir des taux élevés plus longtemps, ce qui augmenterait la charge de la dette, surtout pour les pays émergents et à faible revenu. Les rendements obligataires ont déjà commencé à progresser sur plusieurs marchés.
Le 14 avril, date clé pour mesurer l’ampleur du choc
Le FMI précise que l’ampleur réelle des dégâts dépendra de la durée du conflit, de son extension régionale et des dommages causés aux infrastructures énergétiques et logistiques.
Une évaluation plus complète sera publiée le 14 avril dans les nouvelles Perspectives de l’économie mondiale et le Rapport sur la stabilité financière mondiale, suivis le lendemain du Moniteur des finances publiques.