La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le tribunal de première instance de Tunis a prononcé, dans la nuit de mardi à mercredi, des peines lourdes à l’encontre de deux figures impliquées dans un volet judiciaire distinct du dossier de l’assassinat du martyr Chokri Belaïd. L’ancien procureur de la République, Béchir Akremi, a été condamné à 23 ans de prison, tandis que le dirigeant du mouvement Ennahdha, Habib Ellouze, écope de 13 ans d’emprisonnement.
Un procès long et fragmenté
Le procès de Béchir Akremi et de Habib Ellouze s’inscrit dans un volet dissocié de l’affaire principale de l’assassinat de Chokri Belaïd, qui a déjà donné lieu à plusieurs procédures judiciaires depuis 2013. Ce pan du dossier concerne notamment des accusations de manipulation de l’enquête, de rétention de preuves et de faux rapports administratifs, liées à la période où Akremi occupait des fonctions judiciaires dans le cadre des investigations antiterroristes.
Avant le verdict, le procès avait connu plusieurs renvois et ajournements, notamment fin 2025, la chambre criminelle spécialisée ayant reporté l’examen du dossier pour permettre aux parties de compléter leurs observations. Akremi et Ellouze avaient même comparu par visioconférence lors d’audiences antérieures.
Les rôles de Béchir Akremi et Habib Ellouze
Béchir Akremi, ancien procureur de la République près le tribunal de Tunis, était poursuivi pour son rôle présumé dans la gestion détournée de certaines pièces et l’entrave à la procédure pendant l’enquête liée à l’assassinat politique qui a profondément marqué la Tunisie. Les accusations retenues contre lui — et qui ont été débattues au cours de nombreuses audiences — ont orienté la justice vers une qualification à caractère terroriste des faits.
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Habib Ellouze, pour sa part, a été jugé dans le même dossier fragmenté. Avant sa condamnation récente, il avait notamment refusé de comparaître lors de certaines audiences, ce qui avait suscité des réactions au sein des avocats des parties.
Une condamnation qui ravive un dossier sensible
La condamnation de ces deux personnalités intervient plus d’une décennie après l’assassinat de Chokri Belaïd, un événement qui avait plongé le pays dans une crise politique majeure et déclenché de longues procédures judiciaires, scandales et controverses autour des responsabilités institutionnelles.
Ce verdict rappelle une fois de plus que l’un des dossiers politico‑judiciaires les plus sensibles de la Tunisie post‑révolution demeure loin d’être clos, avec des ramifications qui continuent de susciter débats, critiques et répercussions institutionnelles.
L’assassinat de Chokri Belaïd
Chokri Belaïd, figure emblématique de l’opposition de gauche en Tunisie, a été assassiné le 6 février 2013 devant son domicile à Tunis, un meurtre qui a plongé le pays dans une crise politique majeure.
Belaïd, avocat et dirigeant du Parti démocratique progressiste, dénonçait régulièrement la montée de l’extrémisme et critiquait le gouvernement de l’époque, dominé par le mouvement Ennahdha. Son assassinat a provoqué d’importantes manifestations et une forte tension sociale, contraignant le gouvernement à annoncer des réformes sécuritaires et judiciaires.
Depuis sa mort, le dossier judiciaire a été complexe et fragmenté, mêlant enquêtes criminelles et volet politique, avec plusieurs prolongations de procès et des implications pour des responsables institutionnels et politiques.
La condamnation de Béchir Akremi et d’Habib Ellouze s’inscrit dans ce cadre, visant à établir les responsabilités autour de la gestion de l’enquête sur cet assassinat politique.
Verdicts définitifs
Rappelons que la chambre criminelle spécialisée près de la Cour d’appel de Tunis avait prononcé, en octobre 2025, des peines allant du non-lieu jusqu’à la peine capitale par pendaison. Les jugements d’appel concernent 23 accusés impliqués dans cette affaire emblématique.
La cour a prononcé un non-lieu (non-lieu ou absence de charges suffisantes) pour neuf accusés, confirmant les verdicts de première instance rendus à leur encontre.
Deux accusés, Mohamed Aouadi et Ezzeddine Abdellaoui, ont été condamnés à mort par pendaison, assortis respectivement de 105 ans et 10 ans de prison supplémentaires. Quatre autres accusés ont été condamnés à la prison à vie, avec des peines additionnelles pour chacun d’eux.
La Cour d’appel a décidé de confirmer les jugements de première instance à l’encontre de plusieurs accusés, parmi lesquels Mohamed Akkari, Yasser Moulhi, Mohamed Ali Damak, Seifeddine Arfaoui, Houssam Mezlini, Mohamed Aouadi, Ezzeddine Abdellaoui, Mohamed Omri, Mohamed Khiari, Maher Akkari, Allam Tizaoui, Hamza Arfaoui, Kais Mechalla, Moâd Hmaïdia.
La chambre a également prononcé la prison à vie contre Mohamed Amine Guesmi, assortie de 20 ans supplémentaires, la prison à vie également pour Abderraouf Talbi. Ahmed Melki, surnommé « El Somali », a été condamné à 37 ans d’emprisonnement.