La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès de la Cour d’appel de Tunis a rendu, dans la nuit de jeudi à vendredi, ses verdicts dans l’affaire de l’envoi de jeunes vers des zones de conflit.
Les peines prononcées vont de 3 à 28 ans de prison, selon une source judiciaire à l’Agence Tunis Afrique Presse. Huit accusés, tous détenus, étaient poursuivis pour constitution et adhésion à une entente terroriste, recrutement et acheminement vers des zones de conflit, incitation au départ hors du territoire à des fins terroristes et financement de ces activités.
Ali Larayedh écope de 24 ans de prison
Ali Larayedh a écopé de 24 ans de prison (contre 34 ans en première instance). Figure de premier plan du mouvement Ennahdha, ministre de l’Intérieur de 2011 à 2013, puis chef du gouvernement jusqu’en 2014, il a été condamné pour avoir négligé, voire facilité, les départs des jeunes combattants tunisiens vers la Syrie et la Libye.
Parmi les condamnés figurent également Abdelkrim Laabidi, qui a écopé de 22 ans de prison, Fethi Beldi (22 ans), Nourredine Gandouz (28 ans), Lotfi Hammami et Hichem Saâdi (24 ans chacun), Sami Chaâr (6 ans) et Seifeddine Raïss (3 ans).
La juridiction a également ordonné un placement sous surveillance administrative à l’issue de leur peine : cinq ans pour la majorité, deux ans pour Sami Chaâr et Seifeddine Raïss, ancien porte-parole de l’organisation Ansar Al Chariaa, classée comme groupe terroriste en Tunisie depuis 2013.
Peines en appel confirmées mais allégées
Les jugements de première instance, rendus en mai 2025, avaient infligé des peines plus lourdes, allant de 18 à 36 ans de prison, assorties d’une surveillance administrative de cinq ans pour tous les condamnés.
Cette décision en appel allège certaines peines tout en maintenant la fermeté de la justice dans une affaire impliquant d’anciens responsables politiques et sécuritaires de premier plan.
Ce dossier hautement sensible met en cause plusieurs figures influentes de l’appareil sécuritaire et politique tunisien, qui ont facilité le départ de jeunes tunisiens vers des zones de guerre, notamment en Syrie et en Libye, entre 2011 et 2013.
A cette époque, des milliers de jeunes ont quitté la Tunisie pour rejoindre des organisations terroristes comme Daech et le Front Al-Nosra, souvent en transitant par la Turquie ou la Libye. Ces départs massifs ont été rendus possibles grâce à des filières organisées, bénéficiant d’un certain laisser-faire des autorités sécuritaires et politiques.
Les accusations visent notamment des responsables du ministère de l’Intérieur, soupçonnés d’avoir fermé les yeux sur ces départs ou d’avoir délivré des documents de voyage facilitant l’exfiltration de ces combattants vers l’étranger. Parmi eux figure le chef de l’unité de protection des avions à l’aéroport de Tunis-Carthage.