Avec le lancement d’un projet pilote de collecte et de recyclage des vêtements usagés, la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement et la startup Colibris posent la première pierre d’une transformation devenue incontournable. Sous la pression des marchés, des normes environnementales et de l’accumulation des déchets, la filière textile tunisienne n’a désormais plus d’alternative : elle doit basculer vers l’économie circulaire ou décrocher.
Le secteur textile-habillement tunisien vient d’envoyer un signal clair : l’ère du « produire, exporter, jeter » touche à sa fin. En s’associant à la startup Colibris pour lancer un projet pilote de collecte et de récupération des vêtements usagés, la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH) reconnaît implicitement que la transition vers l’économie circulaire n’est plus un choix stratégique, mais une nécessité vitale.
Colibris, spécialisée dans la collecte des déchets recyclables auprès des ménages et des PME, assurera l’organisation et la logistique de l’opération. Les textiles récupérés seront en grande majorité recyclés, tandis que les articles encore utilisables seront orientés vers des associations caritatives.
Sous pression des marchés et des normes internationales
Ce virage intervient dans un contexte de plus en plus contraignant. Pilier de l’économie nationale, le textile-habillement a généré 9,5 milliards de dinars de recettes d’exportation en 2025 et fait vivre près de 155.000 employés à travers environ 1500 entreprises. Mais ce poids économique ne protège plus la filière des mutations profondes du commerce mondial.
Les grands donneurs d’ordre européens exigent désormais des chaînes de production traçables, durables et intégrant des standards environnementaux stricts. Sans recyclage, sans réduction de l’empreinte carbone et sans logique circulaire, une partie du tissu industriel tunisien risque tout simplement d’être écartée des marchés.
Une montagne de déchets encore largement gaspillée
Chaque année, l’industrie textile tunisienne génère environ 31.000 tonnes de déchets textiles pré-consommation. Une part importante est recyclable, mais l’essentiel continue d’être perdu faute d’infrastructures et de filières de valorisation réellement opérationnelles.
A l’échelle nationale, la filière s’est fixé un objectif ambitieux : recycler 50% des déchets textiles d’ici 2030. Mais entre l’objectif affiché et la réalité industrielle, l’écart reste considérable.
Des signaux positifs existent. En octobre 2025, le Centre technique du textile (CETTEX) a lancé un programme de formation en économie circulaire dans le cadre du projet GTEX MENATEX Tunisie, axé sur les matériaux durables, les nouvelles technologies, la valorisation des déchets et les opportunités d’investissement.
Mais pour l’instant, ces initiatives restent fragmentées et insuffisantes au regard de l’ampleur du défi. Le projet Colibris–FTTH apparaît davantage comme un début de réponse que comme une solution structurelle.
Recycler pour rester dans la course
Derrière le discours environnemental, l’enjeu est avant tout économique et stratégique : sans basculement rapide vers un modèle circulaire, le textile tunisien risque de perdre son attractivité, ses marchés et, à terme, une partie de son appareil productif.
La question n’est donc plus de savoir si la filière doit se transformer, mais à quelle vitesse elle sera capable de le faire.
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