Comment sortir de la spirale qui enfonce l’économie tunisienne ? Par l’endettement, bien sûr ! Puisque le pays est en panne, il faut, à défaut de faire tourner la planche à billets, aller chercher de l’argent frais là où il se trouve.
Telle semble être la première réponse du gouvernement Jomaa à la crise. Plus présentable que les gouvernements successifs de Jebali et Laarayedh, plombés par le terrorisme et l’islam radical, le nouveau gouvernement tunisien suscite la confiance des grands argentiers qui voient se profiler une occasion unique de plier notre pays à leurs diktats ultra-libéraux.
DROIT DANS LE PANNEAU
Et Jomaa et son équipe vont droit dans le panneau. Enthousiasmés par la rallonge que le FMI vient de consentir à la Tunisie, ils se préparent à aller sur le marché international afin de lever de nouveaux fonds.
Il s’agit de sommes conséquentes qui pourraient en effet doper la croissance. Mais à quel prix ? Cela personne ne nous le dit…
On se contente en effet de vagues annonces selon lesquelles près de 2 milliards et demi de dollars seraient en voie d’être empruntés auprès de bailleurs de fonds, sous garanties américaine et japonaise.
Ces sommes qui sont présentées comme « une bouffée d’air frais » comprennent aussi près de 500 millions de dollars de soukouks islamiques.
Quelles garanties la Tunisie pourrait-elle offrir en contrepartie ? La question tombe sous le sens et plusieurs experts parlent du risque qui pèse sur les entreprises publiques.
En effet, ces crédits en 2014 pourraient en cas de difficultés dégénérer en vente des grandes entreprises publiques, comme la STB, la CPG et d’autres fleurons de l’économie tunisienne qu’on nous présente comme étant en quasi-faillite, alors que ce n’est pas la réalité.
DEMAIN LA THERAPIE DE CHOC…
Sur un autre front, on parle de plus en plus de thérapies de choc dont aurait besoin l’économie tunisienne. Comme si, après avoir été la proie des juristes, la révolution tunisienne tombait aujourd’hui dans l’escarcelle des économistes. Tentés par le libéralisme pur et dur, ces derniers sauront-ils mesurer les urgences sociales ? Ou bien risquons-nous d’aller prochainement vers une confrontation à grande échelle entre le gouvernement Jomaa et l’UGTT ? La question se pose dans toute son acuité avec en filigrane un soupçon: ce gouvernement de technocrates va-t-il jouer une partition subtile d’Ennahdha en engageant le pays dans des réformes structurelles aussi nécessaires qu’impopulaires ?
Au delà de l’état de grâce dont bénéficie la sympathique équipe au gouvernement, il ne faudrait pas que cette nouvelle donne se fasse au détriment du petit peuple et de la classe moyenne qui ont tout à perdre si l’économie tunisienne deviendrait tributaire des stratégies ultra-libérales prônées par les grands argentiers de la mondialisation.
DIVERSION ET OPERATION DE COM
Nous verrons prochainement les solutions de Jomaa pour la loi de finances. Nous verrons également quelles solutions autres que l’endettement tous azimuts seront envisagées pour atténuer la crise. Pour l’heure, nous ne pouvons que constater que les dettes pourraient s’accumuler et que cette stratégie d’endettement ne s’accompagne d’aucune pédagogie ou explications.
Au contraire, elle est présentée sur le mode triomphaliste, comme si c’était l’unique solution et, surtout, comme si ces dettes étaient un signe de confiance en un pays où, comme par miracle, tout s’était remis à marcher.
Rien n’est moins vrai et l’euphorie retombée, on finira par se rendre compte qu’il est absurde, grave et irresponsable qu’un gouvernement de transition, appelé à « régner » quelques mois, engage la Tunisie dans la spirale infernale de l’endettement.
Tout cela ressemble à une nouvelle ruse d’Ennahdha et Mehdi Jomaa et son équipe devraient mesurer l’étendue de leur mandat avant de nous engager dans cette voie factice et menaçante pour l’indépendance de la Tunisie.
A moins que toute cette effervescence autour de Jomaa ne cache un autre agenda qui consisterait à faire diversion en nous vendant un gouvernement de compétences alors que la partition est déjà écrite qui enferre la Tunisie dans les dettes.
Car certaines questions méritent d’être posées : le gouvernement Jomaa est-il avant tout une jolie opération de com d’Ennahdha qui a une nouvelle fois réussi à embarquer ses opposants ainsi que le Quartet ?
UN TIMING INNOCENT ?
Et le timing de l’annonce de ces crédits alors que tout le monde, obnubilé par le concert universel de louanges, a les yeux tournés vers la constitution est-il si innocent que cela?
Propos de Cassandre ? Seuls les bailleurs de fonds, en tous cas, peuvent se frotter les mains depuis l’avènement de ce cabinet de compétences alors que l’opinion tunisienne, bercée par un habile story telling semble n’y voir que du feu.
Rien de surprenant dans un pays où règne le double langage, à l’ombre des faussaires d’Ennahdha, experts devant l’Eternel pour faire passer des vessies pour des lanternes.

