Tunisie : Les carburants célébrés en grande pompe !

Si on devait donner un prix pour récompenser le produit qui a enregistré, en 2022, le plus d’ajustements, il serait à décerner, sans l’ombre d’un doute, aux carburants.

Jamais deux sans trois, dirait l’adage. D’après la teneur des propos de la ministre de l’Energie, Neila Gongi, et les allusions qu’elle a faites sur le déficit structurel de la balance énergétique, il est quasi certain que les prix des carburants enregistreront, dans les prochains jours, leur troisième hausse de l’année.

Une troisième hausse qui pourrait être suivie d’une quatrième, voire d’une cinquième d’ici la fin de l’année, selon le développement de la conjoncture internationale dont la guerre russo-ukrainienne en est le principal déterminant.

Ajustement automatique, diriez-vous !

Cela fait bientôt deux ans que la Tunisie applique l’ajustement automatique des prix des carburants, et bien que cette expérience soit à ses balbutiements et qu’il soit encore tôt d’en juger les résultats, cela ne nous empêche pas de dire que ce système se distingue par deux aspects qui sont, à notre avis, en tous points discrétionnaires.

Le premier tient au fait que ce système s’auto-octroie une autonomie et une force morale qui sont, normalement, l’apanage du pouvoir public.

En effet, en cédant ou en concédant, délibérément sommes-nous tentés de dire, cette autorité au système, l’Etat n’est-il pas en train de s’extirper de son rôle providence, celui de régulateur du marché ?

N’est-ce pas là une forme de désengagement dont le dessein inavoué est de couvrir ses arrières en cas de mécontentement. Celui qu’il faut incriminer, c’est, désormais, le système, moi en tant qu’Etat je ne suis aucunement responsable !

Le second aspect tient du fait que ce système s’auto-octroie, en plus de l’autorité morale, un pouvoir décisionnel dont l’Etat est, logiquement et légalement, dépositaire. Les prix des carburants, c’est le système qui les fixe quoique dans un seuil de +ou- 3% !

Pour toutes ces raisons, nous estimons, en toutes circonstances, que ce système, par ces deux aspects moral et décisionnel, au lieu de synthétiser les prix, produit, au contraire, un effet systémique pervers dont les conséquences peuvent être irréversibles.

Quelles conséquences sur l’économie ?

Maintenant que la troisième hausse des prix des carburants n’est plus qu’une question de temps, vu que les prix du baril continuent leur flambée et que le système d’ajustement automatique se produit concomitamment au changement du cours mondial de pétrole, nous ne dévoilons pas un secret quand nous disons que les conséquences de cette hausse vont être douloureuses pour la bourse du citoyen.

Ce pressentiment tient sa logique du fait que l’augmentation des prix des carburants impacte toutes les activités sans exception, à commencer par les activités de transport (individuel ou en commun), en passant par l’activité industrielle, et toutes les conséquences que cela produit sur les prix des différents produits, pour finir par les prestations de tous genres, comme les honoraires des avocats et des médecins, ou, plus anecdotiques, les billets d’accès aux stades ou les salles de cinéma.

Quand on sait que l’indice des prix à la consommation familiale est passé, en juillet 2022, à 8,2 %, après avoir enregistré 8,1% au mois de juin 2022, et 7,8 % au mois de mai 2022, tout laisse croire qu’une prochaine hausse des prix des carburants aura des conséquences néfastes sur l’inflation qui pourrait atteindre deux chiffres.

En attendant que cela se produise, salutations distinguées au système !

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 08/08/2022

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