Générations Palmarium

Palmarium des débuts

Le Palmarium a sans doute été l’un des plus magnifiques cinémas de Tunis. Les cartes postales anciennes permettent de suivre les diverses déclinaisons de ce temple du septième art et du music-hall. Le Palmarium, depuis sa fondation en 1902 comme un jardin d’hiver, a souvent changé de façade.

La splendeur de ce cinéma intimidait le jeune public et ce n’est que dans les années soixante-dix, peu avant sa fermeture, que ce cinéma s’est popularisé après avoir été la salle de référence. En ce temps, les cinémas étaient légion et avaient chacun son public attitré.

Pour tous ceux qui ont usé leurs shorts et pantalons sur les sièges des salles de cinéma de Tunis, le choix des salles était généralement vite fait ; Il suffisait en effet d’un petit tour sur les grands axes et le tour était joué.

Certains ne quittaient même pas l’Avenue et leur choix était invariable. Le Capitole pour les uns, le Studio 38 pour les autres et Le Palace qui avait aussi ses inconditionnels. Toujours sur l’avenue principale, les Champs Elysées et le Parnasse avaient aussi leurs aficionados mais, tout cela dépendait aussi de l’humeur du moment et des films à l’affiche.

Sinon, c’était rue Ibn Khaldoun que ça se jouait. Là encore, le choix n’était pas étriqué et proposait grosso modo quatre salles qui avaient chacune leur style propre et leur clientèle fidèle qui appelait caissiers et placeuses par leur prénom.

Ces salles, vous les connaissez tous : ce sont Le Mondial, l’ABC et aussi le Rio et le Biarritz. On s’y ruait en général pour la qualité des films et le confort des salles qui, retapées à neuf, furent parmi les musts des années soixante.

Choisir son film ou sa salle pouvait aussi vous mener du côté de la rue de Marseille. Dans ce cas, les temples du septième art portaient les noms évocateurs du Globe, du bien nommé Septième Art et aussi du Cinémonde. Dans ces parages, se trouvait également le Paris, juste à quelques encablures. Chaque salle possédait aussi son propre style et un public particulier et fidèle.

Evidemment, il existait deux salles inclassables, fédératrices et immenses qui brassaient tous les publics et trustaient tous les films majeurs. J’ai nommé le Palmarium et le Colisée qui étaient les plus grands et plus chers des cinémas de la ville. Voir un film sur ces écrans était une véritable fête et, pour certains, on s’y préparait une bonne semaine à l’avance tellement l’événement était festif.

Souvenez-vous de la sciure de bois qui était répandue sur les parquets, des agréables odeurs de détergent qui vous accueillaient ainsi que des tenues immaculées des placeuses qui vous tendaient un programme et vous accompagnaient jusqu’à votre siège. Une véritable cérémonie qui, à l’entracte, prenait la forme d’une pause-glaces, avant le grand film.

Ces deux salles dans mon souvenir se caractérisaient aussi bien par leur toit qui ouvrait en été que par le charme lumineux de leurs écrans parés de rideaux et éclairés par des lampes multicolores. Au Palmarium, dans une débauche de lumières clignotantes, un premier rideau s’écartait puis le rideau horizontal se repliait en remontant.

Moments véritablement magiques qui, je crois, ont bercé nos plus jeunes années. Toujours au Palmarium, l’accès qui se faisait en ascenseur pour les mezzanines en a fait rêver plus d’un alors que la hauteur du balcon donnait littéralement le vertige.

Côté Colisée, le rêve était tout aussi tenace, avec des mezzanines qui étaient disposées comme pour un théâtre, avec des loges qui pouvaient être privatisées. Il faut dire que le confort des sièges pouvait être fondamentalement différent d’une salle à l’autre.

Si les uns vous invitaient à louer un fauteuil, d’autres, avec le nom pompeux d’orchestre, vous cédaient un siège spartiate, parfois en bois, et souvent à quelques mètres de l’écran. Il fallait pouvoir choisir car, sinon vous étiez la victime désignée de votre propre bourse.

A l’époque dont je vous parle, en saison, la place la plus chère valait 400 millimes pour une mezzanine au Palmarium. La moins chère tombait à 160 millimes pour le premier orchestre au Studio 38. Mais de toute façon, le public venait pour les frissons et la romance plutôt que pour le confort !

Je vous propose maintenant d’aller à la rencontre de quelques unes des salles de cinéma qui se trouvaient au quartier du Passage.

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Palmarium Art Déco (maquette)

Le Passage, pour ceux qui, comme moi, arrivaient de la médina, c’était le bout du monde. Et comme les meilleurs films étaient projetés au mitan des avenues, rares étaient les fois où j’allais dans les cinémas de ce quartier. La plus ancienne de ces salles se trouvait en plein dans Le Passage, à l’entrée de la rue du Ghana.

C’est de L’Ecran dont je vous parle, une salle toute en longueur qui a eu ses heures de gloire pour disparaître au tout début des années soixante. Cette salle brassait le public de ces quartiers et se targuait de passer des films récents et passionnants.

Elle fut pour un temps la reine des salles du Passage et seul le pic des démolisseurs l’a détrônée de ce statut. Pour ma part, je n’ai pas connu L’Ecran mais une simple palissade en bois qui cachait l’emplacement de la salle au milieu des années soixante. Bien sûr, de nombreux témoins et documents mentionnent cette salle et ses programmes mais au fond, elle fait partie d’une génération oubliée.

Au Passage, la salle que j’ai connue avait pour nom Ciné Star et se trouvait au bout de l’avenue de Londres. La salle ne payait pas de mine, ne passait que des reprises et pratiquait des prix populaires. Seulement, le choix des films faisait la part belle à l’action et aux aventures exotiques, ce qui avait pour effet d’attirer le jeune public des ados toujours en mal de sensations fortes.

De plus, le programme du Ciné Star était annoncé dans les journaux quotidiens, ce qui permettait de le considérer en faisant son choix, avec aussi la possibilité d’une halte-sandwich chez Hattab ou Manino. Le Star était l’archétype des salles des environs qui évoluaient entre proximité des quartiers et rayonnement sur la ville entière.

En effet, quelques salles existaient dans les parages, notamment le Lido et l’Odéon qui se trouvaient entre le Passage et Bab Carthagène. J’ai connu l’Odéon enfant et garde un vague souvenir de cette salle qui se trouvait du côté de l’église anglicane, à l’entrée de la Hafsia.

Quant au Lido, je n’y ai mis les pieds que lorsqu’il a été aménagé en théâtre de poche dans les années quatre-vingt. Ces salles n’en restent pas moins des lieux bénis de l’histoire du cinéma en tant qu’art populaire. Elles étaient en effet le pendant « prolo » d’autres salles du quartier qui avaient une auréole plus chic.

Car les deux salles du quartier que tout le monde connait, se trouvaient sur l’avenue de la Liberté et ses environs. D’abord le Marivaux où l’on se retrouvait pour les westerns et les films de guerre. Un peu plus loin, le Kléber se trouvait dans la rue du même nom et a disparu à la fin des années soixante-dix. Assez lointain pour les écoliers que nous étions, ce cinéma évoquait plutôt la proximité du Belvédère et ses tentations.

Il fallait que le film soit vraiment attendu pour que la migration des spectateurs se fasse dans cette direction. Le miracle se produisit avec le « Bullit » de Steve Mc Queen qui attira un public conséquent à cause de quelques courses de voiture.

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Palmarium des années soixante

Commençons par les cinémas de quartier qu’on pouvait trouver à Tunis. Les plus connus de ces cinémas sont incontestablement le Ciné Soir et l’Alhambra.

Le Ciné Soir se trouvait à quelques pas de Bab Bhar, à l’entrée de la rue Mongi Slim. Ce petit cinéma s’était fait une réputation avec les deux grands films qu’il proposait au public. Un film en arabe et un autre en français et tout le monde ressortait content. Le Ciné Soir a fermé ses portes en 2005 et aujourd’hui, la trace et le souvenir de ce cinéma se sont perdus car son emplacement a été occupé par des marchands de meubles et de pâtisserie.

Pour l’Alhambra, c’est une autre histoire, puisque cette salle qui compte parmi les plus anciennes de Tunis abrite aujourd’hui un théâtre. Dans le temps, l’Alhambra avait pour spécialité les films égyptiens et aussi des œuvres populaires pour tous les publics.

En continuant vers Bab Djedid, une autre salle avait ses quartiers non loin du local du Club Africain. Il s’agit du célèbre « Bijou » qui apportait le cinéma aux gavroches du coin. Relativement petite, sacrifiant à la mode des deux grands films, cette salle a eu ses riches heures et avait beaucoup apporté au public, avec des films d’aventure et surtout des péplums de la meilleure eau.

J’étais un inconditionnel du Bijou pour des raisons évidentes de proximité mais aussi parce que c’était un motif de fierté d’avoir un aussi beau cinoche dans notre quartier ? J’y ai d’ailleurs fréquemment traîné des amis pour leur montrer la salle qui valait bien celles de Bab Bhar.

Un autre phénomène de la période dont je vous parle se déployait en banlieue où chaque cité avait son cinéma. C’était le cas du Bardo avec le Vox qui, disait-on, ne désemplissait jamais. En banlieue nord, La Goulette alignait deux salles avec le Rex et le Théâtre et le Kram en faisait de même avec le Vog et le cinéma de plein air qui n’ouvrait qu’en période estivale. Carthage avait aussi son cinéma sur l’emplacement de l’actuel Mad’Art et, non loin, du Zéphyr, la Marsa avait son Ciné Casino qui avait les faveurs des estivants.

Même chose en banlieue sud ! Le chapelet de salles commençait avec le Maxula Radès et continuait avec le Ciné Azur à Ez-Zahra. Plus loin, Hammam-Lif disposait de la bagatelle de trois cinémas dont l’Oriental et le Colisée.

Il faut dire que cette cité balnéaire était alors à sa dernière apogée et a connu un déclin tel que les trois cinémas ont aujourd’hui baissé le rideau. Comme dans toutes les autres banlieues et aussi au centre-ville. Le cinéma est-il passé de mode ou bien ce type de convivialité a-t-il changé ?

Il faut croire que les goûts du public ont évolué et que le confort de projections a également fait des progrès. Il suffit de se rendre au Multiplex Pathé pour découvrir les nouvelles manières d’aller au cinéma et se rendre compte que, par un clin d’œil dont l’histoire est friande, cette compagnie fait un retour remarqué en Tunisie.

En effet, la première salle de cinéma en Tunisie a ouvert ses portes en 1908 à l’initiative de la Maison Pathé qui réédite le coup 110 ans plus tard en ouvrant le premier multiplex du pays. Cette première salle a de beaux restes qui se trouvent rue Amilcar et c’est un lieu de pèlerinage pour les cinéphiles qui aiment se retremper dans la petite histoire du septième art.

On pourrait aussi évoquer les quelques cinés qui se trouvaient à l’intérieur de la médina ou sillonner le pays à la recherche des salles oubliées, fermées ou disparues. C’est la poussière d’un siècle que nous remuerions tant le cinéma en salles a constitué un phénomène d’époque en Tunisie.

Heureusement, les festivals continuent à nous montrer les chemins du cinéma même si nous sommes nombreux à avoir la nostalgie des rituels qui accompagnaient la projection hebdomadaire dans l’un des temples du cinéma de Tunis. Ces rituels qui étaient presque les mêmes au Cirta du Kef, au Majestic de Bizerte ou dans la plus petite des salles de Tunisie.

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