3 janvier 1984 : L’explosion que personne n’avait vu venir

Le prix du pain avait alors augmenté et, comme une trainée de poudre, les protestations avaient traversé toute la Tunisie pour éclabousser la capitale, le 3 janvier dans la matinée.

L’ampleur et la violence des manifestations dans la capitale étaient inédites. Des attaques contre les sièges de banques, des incendies de centres commerciaux, des actes de pillage et toutes sortes de dérapages.

Personne n’avait vu venir cette déferlante. Ni les syndicats ni les partis politiques. Seuls les médias à l’époque, avaient à mots voilés, prévenu de la possibilité d’une explosion sociale.

Pris de court, les responsables politiques ne durent leur salut qu’à un discours in extremis du président Bourguiba. Resté historique, ce discours demandait au peuple de se calmer et aux politiques de revenir à la situation antérieure.

Ce jour là, le prix du pain avait fait vaciller le régime et les cités populaires qui encerclent Tunis avaient fait parler la poudre des sans-voix.

Ce jour là, la Tunisie a découvert l’existence d’un Tiers-pays qui avait laissé éclater sa colère d’être le laissé pour compte de la croissance économique.

Depuis, les choses ont-elles véritablement changé ou bien continuons-nous à commettre les mêmes erreurs et subir les mêmes conséquences ?

Un coup d’État médico-légal et une révolution plus tard, il est temps de regarder en face les miasmes de l’ère nouvelle et le jasmin fané de nos illusions de dignité.

Jusqu’à quand l’inflation des discours, les faux débats et la poussière sous les tapis élimés de la République ?

Il suffit de prendre le pouls du pays proche et profond pour très vite réaliser que rien ne va plus une quarantaine d’années après le dérapage du pain affamé.

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