Pourquoi cette ignorance ?

Hichem Djaïet, l’un des plus grands esprits de la Tunisie

Le président Kais Saïed a pris l’avion pour Bruxelles le jeudi 3 juin, le jour des funérailles de l’irremplaçable érudit Hichem Djaïet.

De ce fait, il n’a pas du tout daigné retarder de quelques heures son arrivée au sein du pays hôte et cela pour des raisons majeures. Du reste, les responsables de l’UE qui l’attendaient auraient, de ce fait, partagé le deuil du peuple tunisien, suite à la perte de cet éminent philosophe, doublé d’un homme de lettres et d’un éminent historien du monde musulman et de l’âge d’or de l’islam, en particulier.

Ses ouvrages, publiés dans le monde arabo-musulman comme en Europe, sont écrits, aussi bien, en français qu’en arabe, deux langues qu’il pratique simultanément à la perfection.

Sa vie durant, il a mené une guerre contre la décadence spirituelle qu’a connue la totalité ou presque des pays arabes, sans cesse subjugués par les prouesses des générations passées, particulièrement depuis l’apparition et l’expansion fulgurante de l’islam à travers le monde.

A ce titre, Hichem Djaïet est considéré comme étant le porte-drapeau de la suprématie de l’esprit critique d’avant-garde à l’instar de la pensée cartésienne. Il a été un grand réformateur de l’esprit critique rétrograde au sein du monde arabo-musulman.

Par ailleurs, le Président de la République n’a pas manqué d’assister, tout récemment, aux funérailles du militant Ahmed Mestiri, l’ancien ministre et co-fondateur du parti d’opposition MDS sous Bourguiba ; mais a complètement omis celles de l’éminent savant académique. Saïed avait même fait l’oraison funèbre de l’homme politique.

En janvier 2021, le Président de la République s’était rendu, à Grombalia, au domicile de la nahdhaouie Meherzia Laabidi, pour présenter ses condoléances à sa famille et cela avant que ne survienne la grosse embrouille avec le manœuvrier et leader du mouvement d’Ennahdha, Rached Ghannouchi.

En décembre 2020, il s’est rendu au domicile de feu le stoïque Gilbert Naccache, grand militant de gauche sous le régime dictatorial de Bourguiba, pour les mêmes motifs.

Kais Saïed est un universitaire tout comme Hichem Djaïet, mais ce dernier le surpasse intellectuellement à tout égard… A croire que, par le passé, il y a eu des frictions entre les deux hommes, à moins qu’ils ne se connaissaient pas, ce qui serait fort étonnant !

Doit-on rappeler, ici, que Hichem Djaïet est issu d’une illustre installée depuis plusieurs siècles en Tunisie et ayant toujours donné à notre pays de prestigieux hommes de foi et d’intellectuels de renom.

Feu Hichem a, quant à lui, toujours refusé les décorations et tout ce qui s’apparente au matérialisme ou aux apparats. Dans les années 60, alors qu’il n’avait qu’une trentaine d’années, le Président Bourguiba a écouté à la Radio nationale une de ses conférences et en fut ébahi.

Il en demanda, alors, l’auteur. On lui répondit qu’il s’agissait de Hichem Djaïet. « Est-ce le fils de Si Abdelaziz Djaïet, le grand mufti de la République (de 1957 à 1960) et ministre de la Justice sous Lamine Bey (1947) », s’exclama « Si Lahbib ». On lui répondit qu’il s’agissait de son neveu…

Notre raïs le convoqua, quelques jours plus tard, au Palais de Carthage. Et après avoir longuement discuté avec lui d’un tas de sujet d’ordre historique et autres, il lui proposa, tout de go, un portefeuille ministériel.

Ce présent n’a nullement impressionné le jeune philosophe qui remercia vivement le « Père de la nation » tout en refusant ce poste glorieux tant envié, affirmant « qu’il préfère rester là où il est », un enseignant universitaire soucieux de donner des conférences et d’écrire des ouvrages sur l’Histoire de l’islam entre autres.

Notons qu’il arrive, souvent, que Hichem Djaïet soit considéré comme un authentique disciple du grand Ibn Khaldoun, notre grande fierté nationale et arabe.

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NB : Suite à la disparition de Hichem Djaïet le 1er juin 2021, nous avons préféré reporter, à la semaine suivante, la deuxième partie traitant des prouesses du conquérant Tariq ibn Ziyad afin de rendre un vibrant hommage au parcours de l’éminent savant, cette semaine.

M’HAMED BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 14/06/2021

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