Interview – Habib Ammar, ministre du Tourisme : « Dans chaque crise, il y a une opportunité ! »

CP: Moslem Ben Ali

Dans une conjoncture tumultueuse, le ministère du Tourisme s’est trouvé le temps et la rare opportunité de s’attaquer à des chantiers en suspens depuis des années. La diversification du produit touristique et l’amélioration de la qualité de service figurent parmi ses priorités.

A la tête du département depuis le mois d’octobre dernier, M. Habib Ammar aspire à développer un tourisme alternatif solide qui soutient le balnéaire et donne une nouvelle et fraiche image à la destination Tunisie.

Le ministre, qui s’est lancé une série de visites régionales depuis quelques semaines, était, ce weekend à Gafsa, qui regorge de potentiel et de richesse mais manque de moyens et d’attention. Une visite au cours de laquelle il s’est exprimé à Webdo.tn.

Etant donné qu’il s’agit de votre première visite à Gafsa, comment jugez-vous le potentiel touristique de la région ?

D’abord, nous sommes venus ici pour voir la mise en application des mesures annoncées par le conseil ministériel consacré au gouvernorat de Gafsa notamment, la création d’un commissariat régional du tourisme et la conversion de Sened en municipalité touristique.

Il s’agit certes d’une zone avec beaucoup de difficultés économiques mais le potentiel existe déjà. Nous voulons montrer que le tourisme peut être une solution et apporter sa contribution dans le développement

Quel produit touristique visez-vous à Gafsa ?

Il faut tout d’abord montrer que le tourisme n’est pas uniquement fait pour les zones côtières et c’est dans ce cadre que le ministère fourni des efforts pour mettre en avant le tourisme durable.

Ceci ne veut pas dire délaisser le balnéaire. Ce dernier demeure la colonne vertébrale du secteur que nous cherchons à renforcer par d’autres produits alternatifs qui peuvent concerner beaucoup de régions.

Il s’agit d’un enrichissement du produit qui permettra de ramener des touristes tout au long de l’année afin de diminuer la saisonnalité du tourisme.

Pour Gafsa, le potentiel est énorme. C’est une région qui a une très grande histoire, avec huit civilisations passées et plus de 8000 ans d’histoire méconnue en Tunisie et à l’étranger.  Nous voulons mettre en valeur ceci pour le faire connaître.

Selon vous, qu’est-ce qui retarde la mise en œuvre de la diversification du produit touristique tunisien ?

Quand on mène une politique donnée, il faut adapter le cadre juridique.  Le cadre législatif réglementaire actuel constitue un handicap et un frein à 80% des projets qui existent déjà.

Quel est votre rôle dans la modification de cette législation ?

Le ministère du Tourisme n’est qu’un facilitateur entre le concerné et les multiples intervenants comme le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Equipement, les gouvernorats, les municipalités, l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL), etc.

L’objectif est de simplifier les procédures et de faire adopter les choses de façon à ce qu’on créé un cadre législatif qui encourage les promoteurs souhaitant investir dans ce genre de projets. Après tout, c’est des emplois en plus pour l’activité économique.

Quels sont les points sur lesquels votre département va se pencher dans l’avenir ?

Nous pouvons faire beaucoup choses pour valoriser le patrimoine tunisien, par exemple à travers le partenariat public-privé puisque l’Etat n’a pas les moyens.

Ces contrats public-privé peuvent être basés sur des conditions basiques et strictes de conservation et de maintenance et faire profiter le tourisme tunisien de ce capital énorme.

Il faut toujours souligner qu’il y a peu de pays qui ont la richesse de la Tunisie, mais nous sommes encore au stade rudimentaire dans l’exploitation et la mise en valeur.

En février, vous avez donné le coup d’envoi de la révision du système de classement des hôtels. Est-ce que la nouvelle classification des hôtels pourrait booster ou améliorer l’activité touristique ?

Il s’agit d’un ancien projet qui date d’environ 2 ans mais qui est nécessaire depuis des années. Notre système tel qu’il a été conçu ne prend en considération que le coté purement technique de la superficie des hôtels. Il s’agit d’un système complètement dépassé puisque même nos partenaires ne le prennent plus en considération et appliquent leur propre classement.

Le système actuel est également une source de grande distorsion. En allant par exemple dans deux 4 étoiles différents ont trouve une qualité de service complètement dissemblable. Il s’agit donc d’une concurrence déloyale qui surprend désagréablement le client.

Que permettra cette nouvelle classification ?

Les nouvelles normes adoptées vont donner plus de valeur et laisser plus de place à la qualité du service grâce à un système de scoring.  On aura donc un classement beaucoup plus homogène et crédible parce qu’on est taxé de faire une qualité de moins en moins bonne.

C’est un signal très fort à nos partenaires à l’étranger, comme quoi la Tunisie est en train de s’orienter vers une politique où la qualité aura toute la place qu’elle mérite.

A la lumière des difficultés financières causées par la pandémie, quand est-ce que l’application de ces normes sera possible ?

Nous sommes conscients que la période actuelle est très sensible pour les hôteliers, donc on ne compte pas les mettre en application maintenant. Nous avons prévu un minimum de 3 ans et si la situation est encore difficile pour eux, nous pourrons décaler davantage. Mais il faut que cette nouvelle classification soit dans nos perspectives.

Quel sont les objectifs de votre département pour l’année 2021 ?

Je préfère ne plus parler de quantités parce que cela a toujours été une mauvaise approche d’estimation du tourisme tunisien. Je veux plutôt me focaliser sur la qualité.

Cette année nous devons avancer dans nos réformes (qualité, tourisme intérieur et alternatif…) qui touchent des problèmes structuraux et la réorganisation de l’administration touristique. Chose qui n’a pas été faite ces dernières années parce que nous étions pris par la gestion des saisons.

En terme d’arrivées et de reprise, cette année sera celle de la remise en marche. Il y a beaucoup d’aléas, comme le rythme des vaccinations, l’ouverture des frontières algériennes, la modification des conditions de voyage etc.

L’utilité de 2021 sera de faire une reprise progressive et une remise en marche de l’activité touristique, ainsi que de faire le bilan et le ménage. Après tout, dans chaque crise, il y a une opportunité.

Par contre en 2022, nous pouvons aspirer à faire une très bonne saison, et nous avons donc de bonnes perspectives.

Propos recueillis par Imene Boudali

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