Une cérémonie d’ouverture des JCC 2020 « Mémoire et Patrimoine »

Cérémonie d’ouverture des JCC 2020, avec le logo doré.

Il y a deux jours s’est ouverte l’édition 2020 des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), une édition très particulière.

En effet, lorsqu’il a fallu décider s’il fallait renoncer ou pas à cette édition 2020 à cause de la pandémie de la Covid 19, le choix s’est porté sur une solution intermédiaire : ne pas annuler, mais plutôt organiser une édition rétrospective qu’on pourrait qualifier de « Mémoire » ou « Patrimoine ».

Les JCC existent depuis 1966, et il était peut-être temps de se poser, de se rappeler les 30 éditions passées et surtout de réfléchir sur l’avenir de ce festival.

Ce « concept » de mémoire et patrimoine est très important, il va permettre dans un premier temps de faire connaitre tous ces vieux films aux jeunes cinéphiles tunisiens, et ensuite de faire prendre conscience de l’importance de ce festival, de la part qu’il représente dans notre culture et de commencer à constituer des archives des JCC et donc permettre d’écrire son histoire et la conserver.

A cet effet, des films qui, soit avaient été primés, soit avaient fait l’actualité des JCC de 1966 à nos jours, seront projetés pendant ces cinq jours. Mais en plus, une exposition de photographies et de vidéos, un forum et des films racontant d’anciennes éditions des JCC permettront de plonger dans le passé glorieux de ce festival.

Cérémonie d'ouverture JCC 2020
Le jeune Anis Chouchene

La cérémonie d’ouverture des JCC 2020 a donné le ton en insistant sur cet aspect mémoire du festival. Elle a débuté avec le jeune Anis Chouchene qui a clamé un poème rappelant et insistant sur les valeurs des JCC : l’Afrique, la liberté, la paix, la justice et la beauté.

Le décor et les images qui ont défilées sur la scène de l’Opéra étaient aussi là pour rappeler ces éditions passées. On y a vu Chedly Klibi auquel un hommage particulier a été rendu au cours de cette cérémonie, Tahar Chriaa fondateur des JCC, le premier festival panafricain et panarabe de cinéma et qui en a été le secrétaire général jusqu’en 1974, et d’autres encore…

Une émouvante vidéo a été projetée, dans laquelle on a vu des anciens des JCC qui ont raconté quelques-uns de leurs souvenirs liés à ce festival.

Des souvenirs émouvants de ces années 1960 et 1970, lorsque tous ces cinéphiles passionnés se réunissaient pour voir les films et surtout pour en débattre. Pour certains, comme Hichem Ben Ammar, les JCC lui rappellent son premier rôle au cinéma dans le film Sejnane, réalisé par Abdellatif Ben Ammar. Ce film était programmé aux JCC 1974 et il y avait été avec toute sa famille. Sejnane avait d’ailleurs remporté le Tanit d’Argent à cette édition. Pour Fatma Ben Saidane, les JCC étaient aussi du folklore avec ces troupes africaines invitées qui dansaient, en costumes colorés. C’étaient aussi les discussions autour des films, les rencontres… En 1978, le festival avait pris un nouveau tournant, et était devenu plus important. A partir de cette année-là, il avait commencé à recevoir des invités prestigieux, comme l’acteur et réalisateur égyptien Youssef Wahby et « Sayyidatou al chacha al arabya » Faten Hamama.

Ouverture des JCC 2020
Leila Hejaiej chante Naama.

Très belle mise en scène de cette cérémonie, qui a été bien pensée, bien rythmée, bien illustrée… Même l’interlude musical s’est inscrit dans cet esprit de mémoire, puisqu’un hommage a été rendu à la chanteuse Naama, qui nous a quittés il y a quelques semaines. Par contre, ce mini-concert aurait du être un peu plus court, les JCC étant un festival de cinéma et pas de musique.

Le choix des photos est bien étudié. Par exemple la photo de l’acteur Abdelaziz Makhyoun est très belle. On n’a pas choisi une photo où on le voit souriant, mais plutôt une photo expressive prise dans un film. Une photo si éloquente !

Une photo de Abdelaziz Makhyoun très expressive

En plus, donner un air festif avec le logo en doré. De l’espoir malgré la pandémie. La fête, la vie. Justement le défi. Défier la pandémie et organiser une belle édition malgré tous les obstacles et toutes les difficultés. C’est d’ailleurs ce qu’avait déjà laisser espérer l‘affiche officielle de cette édition, pour laquelle le cinéma est lumière et espoir dans cette période  sombre de pandémie.

La plus belle mise en scène d’une cérémonie d’ouverture des JCC depuis des années, malgré un petit hic: à deux ou trois reprises, Sami Bannour, le présentateur a coupé la parole à Samira Maghroun, sa coprésentatrice. Il a également omis de préciser la qualité des personnes qui ont reçu le trophée au nom de feu Chedly Klibi.

Deux Tanit d’Or d’honneur ont été décernés au cours de cette cérémonie :

  • A l’acteur égyptien Abdelaziz Makhyoun pour toute sa carrière cinématographique, cet acteur particulier, qui a son propre style et qui choisit ses rôles selon ses convictions. Celui-ci s’est dit très fier de cet honneur, qui a lieu en Tunisie, pays à l’origine du printemps arabe et pays de personnes aussi prestigieuses qu’Abou El Kacem Chebbi. Il s’est dit également heureux d’être présent à cette édition des JCC pour montrer que la vie continue, pour défier la maladie, mais aussi l’ignorance et l’extrémisme grâce à l’Art. Il a ajouté que cet hommage par un tel festival est pour lui très très important, bien plus important que tous les hommages d’autres festivals en Egypte parce que les JCC est un festival qui a des racines et une histoire.
  • A feu Chedly Klibi, premier ministre de la Culture tunisien et parmi les fondateurs des JCC. Un Tanit d’Or d’Honneur à titre posthume a été remis à sa famille, en guise de récompense pour tout ce qu’il a pu donner à la culture tunisienne et arabe, son combat pour la liberté de penser et sa défense de la création et des créateurs.
Ouverture des JCC 2020
Un Tanit d’Or d’honneur à Chedly Klibi

Pour rester dans cet esprit Mémoire et Patrimoine, il a été décidé de remplacer le traditionnel film d’ouverture par six courts métrages qui rappellent ou s’inspirent de films qui ont fait l’histoire des JCC. Ces courts métrages devaient être diffusés à la TV nationale, mais à la dernière minute, ils ont été censurés. Il parait que l’un de ces courts métrages comprend une scène « osée » !!

Ouverture des JCC 2020

Bon festival et « Portez vos masques, les JCC s’occupent du reste ! »

Neïla Driss

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